Vernissage de l’exposition Pierre Cayol et Joël Lemercier

Merci de partager

Retour sur cette belle rencontre !

Manissy, le 24 juin 2021

Après quelques reports dus au Covid, nous sommes évidemment très heureux de ce moment.

Moment culturel qui nous appelle à aiguiser notre regard,

ce regard dont Philippe Jaccottet nous a rappelé que l’ouvrage « n’était pas de rêver…

mais de veiller, comme un berger

et d’appeler tout ce qui risque de se perdre s’il s’endort » [1].

Ce projet s’inscrit aujourd’hui à travers la découverte des œuvres de Pierre et de Joël dont Jo vous donnera une clef de lecture tout à l’heure.

Comme il se donne ou veut se donner à voir dans toutes les projections de notre présence ici, à Manissy.

Dans le souci des pères donateurs qui nous invitent à regarder au-delà de notre histoire et de nos histoires, pour nous laisser enseigner par leurs expériences et les accueils qu’ils ont réalisés hier en Europe et aujourd’hui à Madagascar et en Afrique.

Dans la volonté d’ouvrir cette maison à des lecteurs de la Bible, de l’histoire des Pères de l’Eglise, de l’interreligieux, de la pauvreté et de la solidarité, des gens du voyage, de l’accueil de la VAE pour des temps de travail autour d’une table…

En tout cela, à chaque fois, comme pour cette expo, voir plus loin que l’immédiat, nous confronter et voir ce qui se voit moins, découvrir « la prime Etincelle qui fit don de ce monde » et au bout de nos pas, de nos regards, de nos parcours, « au bout de tout » être comme ce voyageur de retour invité par François Cheng, invité à reconnaitre « sans faille le seuil éclairé de la maison natale », car rien ne peut nous faire « oublier la sourde berceuse que veillait une bougie allumée. » [2]

Nos différents voyages inscrits dans notre souhait d’habiter au mieux cette maison de Manissy n’ont pas d’autres désirs que celui de retrouver la trace des solidarités et des espérances en actes qui ont déjà tracé une part de notre chemin. C’est de ce regard-là, recul et proximité, que se donne à voir ce que la réalité nous dissimule qu’il s’agisse de peinture, de statuaire, de rencontres de groupes…

Je termine en vous invitant à ne pas oublier les deux rencontres avec les « oeuvriers » de cette exposition, les deux samedis prochains. Une belle occasion de tenter de goûter à la source de leur inspiration.

Merci à tous et à chacun d’être là. Belle découverte.

Olivier Pety

Président du Fonds de Dotation Joseph Persat

[1] Philippe Jaccottet, Paroles dans l’air.

[2] François Cheng, la vraie gloire est ici.

Manissy du 24 Juin au 4 Juillet 2021 : Pierre Cayol et Joël Lemercier

Une exposition pour se rencontrer, se parler, se dire…Le lent cheminement et le travail des artistes ne sont-ils pas déjà prélude au dialogue ? Les œuvres que nous présentent Pierre Cayol et Joël Lemercier nous invitent à porter un autre regard sur le monde dans lequel nous vivons, à échanger et à se défaire du piège dans lequel la peur nous enferme… Voir, échanger, parler-écouter, écouter-parler… Sortir d’un monologue intérieur et franchir les pas qui séparent le Je du Nous.

Joël Lemercier, choisit d’engager le dialogue avec la matière. De l’argile, du bois, de  la pierre, de la matière il débusque  le souffle. Ce souffle, plein de désir de vie libère des formes qui touchent au-delà du sensible les zones cachées de nos forêts intérieures. Ces formes, parfois presque des ombres, des silhouettes, vont et viennent de la réalité au symbole. Elles mettent en mouvement nos imaginaires et nos regards se dessillent pour traduire la nécessité d’une marche qui va du confinement intérieur vers la lumière du jour. Joël Lemercier malaxe, triture la terre, travaille la pierre et puise sans fin dans l’imaginaire le désir de rencontrer ce qui nous environne et dont nous sommes issus. Rassembler la réalité, tenter de rendre visible ce qui sans cesse nous échappe…et des mains pour traduire les signes qui tentent de concilier dedans et dehors. Duo, personnages-ombres, femme assise, tous se lèvent et marchent vers la dignité de l’homme debout.

Pierre Cayol propose de dialoguer avec la différence. Quatre poèmes, quatre toiles indiennes celle des Navajos, des Hopis, des Pueblos et des Apaches avec lesquelles il trace les signes et les symboles que ces peuples ont gravés sur leur territoire pour transmettre leur origine et leur vision du Cosmos comme première loi écrite. Ses toiles disent le sens de la marche et de l’expérience de ces peuples pour être en devenir. Elles mettent en évidence nos différences, nous invitent à échanger sur nos croyances, sur l’insaisissable, l’incommunicable ; elles portent les éléments d’une autre culture que le désir de vie traverse. Cayol est un peintre-chaman ; chaque touche sur la toile prépare à accueillir une parole sacrée qui traverse le temps et l’espace. Et le tableau de la Piéta rassemble les différences et nous fait entendre le cri de l’humanité que chacun porte au plus profond de lui…  …

 Au cœur de la matière qu’interroge Joël et  la surface de la toile qu’explore et circonscrit Pierre se cache un grand secret que tous deux portent avec humilité : la découverte qu’ils sont dépositaires du désir de vie que se transmettent les hommes depuis le commencement du monde.

J.P. Juin 2021

Le Vrai toujours
Est ce qui naît
d’entre nous
Et qui sans nous
ne serait pas

Né d’entre nous
Selon le souffle
du pur échange
Le Vrai toujours
Est ce qui tremble
Entre frayeur et appel

Entre regard et silence

F.Cheng Le livre du vide médian