Remise des clés du domaine de Manissy

28 11 2019

Allocution du père Pierre Bruyère,

président de la SCI « le mas des Fraysses ».

Bonjour et bienvenue à vous toutes et à vous tous qui avez eu ou qui avez des liens avec les responsables du fonds de dotation Joseph PERSAT Mas de Carles et avec les missionnaires de la Sainte-Famille plus connus sous le nom de pères de Manissy.

Voilà donc qu’un apéritif convivial nous réunit… après de nombreuses rencontres entre les responsables, avec Olivier PETY en particulier, Claude AVRILLON, les Notaires. Rencontres qui se sont achevées par une donation du domaine de Manissy à l’ensemble de l’association MAS de CARLES.

Je fais un petit retour en arrière même, même s’il faut englober un siècle de vie. Il s’agit de deux dates : 1919 – 2019. Donc juste un siècle. C’est en 1919 que les missionnaires de la Sainte-Famille ont obtenu le prêt du domaine de Manissy pour leur communauté domaine qui était la propriété de Monsieur de TALOSE DU GRAIL. Et c’est en 1955 que le domaine nous a été donné dans sa totalité. Aujourd’hui, n’ayant aucune possibilité de renouvellement, d’avoir des successeurs, nous avons décidé de mettre la clé sous la porte (mais ne vous inquiétez pas elle va vous être remise).

Nous avons transmis bénévolement le patrimoine de Manissy à une association qui n’aura pas de peine à se renouveler. Nous l’avions reçu gratuitement et nous sommes heureux de confier l’avenir de Manissy à l’œuvre créée par le père Joseph PERSAT qui fut l’un des nôtres dans sa route vers le sacerdoce, sa préparation à être prêtre, qui le mena donc à s’occuper des déshérités de notre monde.

Voilà où nous en sommes. L’acte de vente est entériné il y a un mois. Je laisse maintenant la parole au successeur du père Persat, le père Olivier PETY.

Remerciements et perspectives

29 novembre 2019

Le Fonds de dotation Joseph Persat-Mas de Carles a hérité d’une belle donation de la part des Pères de la Sainte Famille. Parce que le domaine leur avait été donné, ils ont souhaité en faire don à leur tour au moment où leurs rangs s’éclaircissent singulièrement en Europe. Etant sauve la volonté d’œuvrer dans les domaines de la solidarité, du social et de la formation.

Ce sont eux qui ont élevé le père Joseph Persat de l’âge de dix ans jusqu’à son ordination pour le diocèse d’Avignon.

Ce lien fort a déterminé le choix de la communauté des Pères en faveur des héritiers de Joseph Persat, l’inventeur du Mas de Carles.

D’abord je veux redire au nom du mas de Carles et du Fonds de dotation, notre gratitude :

au père Berthier, votre fondateur, et à ses successeurs qui ont permis cette donation ; à la famille Lafarge de Talode du Grail, exploitante de la pierre de Tavel qui vous avait offert ce magnifique espace (d’abord prêté puis en pleine possession depuis 1954) ; et à celles et ceux qui se sont succédé ici pour le mettre en valeur : petites mains du quotidien ou inventeur du vin qui fait la réputation de cette maison ;

à vous, collectivement, qui avez donné à Joseph Persat des clefs de compréhension du monde et des hommes : et cela s’est traduit pour lui et pour nous par l’invention du mas de Carles, le souci des plus pauvres et l’apport de l’activité nourricière qui a toujours été une des propositions fortes dans votre organisation et votre accueil ;

à cette histoire partagée autour de Joseph qui nous a valu votre confiance et cet acte de donation en faveur de Carles à travers le passage par le Fonds de Dotation qui porte à la fois le nom de Joseph et celui de Carles.

Mais qu’allons-nous faire de tout cela ?

Notre première mission

sera de vous permettre, vous les Pères donateurs,

de vivre dans ces murs en toute tranquillité.

C’est notre engagement.

Votre tâche sera de nous rappeler, aussi souvent que possible, les sourires de ceux qui ont habité vos vies d’enseignants et d’accueillants. Vous avez accueilli des enfants. Ce fut votre vie. Vous avez été de ceux qui leur ont dit :

« Entrez, faites comme chez vous,

posez votre sourire dans un coin,

il nous tiendra compagnie,

il commence déjà à nous éclairer un peu »

(Bobin, L’épuisement, Le temps qu’il fait, 1994, p. 73).

Et nous avons bien l’intention que cela se poursuive.

Et nous serons heureux si notre présence

réchauffe votre énergie vitale et nous abreuve de vos sourires…

Notre seconde mission,

sera de continuer à vivre ensemble

(pères, cave, chasseurs, Mme Meyer et nous autres)

et à faire vivre ensemble, autant que nous le désirerons, cette maison et ses murs : trier les clefs ; envisager du chauffage ; prévoir sorties de secours, extincteurs et alarmes anti-feu ; faire contrôler l’eau ; restaurer le parc…

A chacun de dire ce qu’il accepterait d’entreprendre.

Mais encore, comment travailler aux côtés de la cave, avec le mas de Carles ? Peut-être regarder du côté du solaire, proposer des espaces de jardins familiaux, ouvriers ou tout autre appellation qu’on leur donnera, derrière le pavillon de chasse ; instaurer une « table de Manissy » autour d’événements

(ceux de la cave ou d’autres moments)…

Mais aussi ouvrir en proposant un espace d’exposition,

un lieu de conférences

autour des Pères de l’Eglise,

de la Bible,

de la dimension spirituelle de la vie.

Notre troisième mission

sera de nous souvenir de votre vocation, mes Pères : puisque les enfants ont été le cœur de vos préoccupations, comment leur faire place à nouveau ici et sous quel motif (peut-être autour de l’initiation à l’interreligieux ?).

Comment permettre à des jeunes, à des déshérités de la vie 

de trouver ici un espace pour donner du sens à leur vie.

Qui sait si ne viendra pas un temps

pour proposer un chantier d’insertion diversifié,

(par exemple, autour du bois, de la vigne, du maraîchage, de la cuisine…)

dans la mesure où les tutelles l’accepteraient.

Bref, nous n’allons pas manquer d’occupations plus ou moins techniques.

Et cela nous prendra du temps

et beaucoup de concertations avant d’y voir clair.

On pensera que cela fait beaucoup.

Que l’on pourrait s’y perdre.

Qu’il ne suffira pas de parler.

D’accord.

Mais je sais aussi, à la suite du poète, que

« parler pourtant est autre chose, quelquefois

que se couvrir d’un bouclier d’air et de paille…

Quelquefois c’est comme en avril, aux premières tiédeurs,

quand chaque arbre se change en source,

quand la nuit semble ruisseler de voix

(que) cela monte de vous comme une sorte de bonheur…

(pour) rendre largement à l’air

l’ivresse d’avoir bu au verre fragile de l’aube. » [1]

Et nous aurons le temps devant nous.

Nous nous donnerons le temps de construire.

Et le temps de nous perdre un peu s’il le faut.

Mais qu’importe, car

« les chemins parlent, ou peu s’en faut, en se perdant. » [2]

Le cœur sera ailleurs.

Dans cet accueil volontaire de la solidarité,

car elle est le pain de chacune de nos vies.

Aujourd’hui c’est à la reconnaissance d’un véritable festin que nous convie votre générosité, mes Pères.

C’est ce que nous voudrions ne jamais oublier.

Olivier Pety

Président du Fonds de dotation Joseph Persat – Mas de Carles

[1] Philippe Jaccottet, A la lumière d’hiver : parler, nrf, 1994, p. 45.

[2] Philippe Jaccottet, L’encre serait de l’ombre.

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