Pourquoi ?

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Hier, à Nice, un homme s’est trompé, en célébrant la fête de la naissance du prophète par un bain de sang. Je pleure ceux qui ont été victimes de cet acte et toutes les victimes de ce type d’exactions quelles que soient leurs religions et d’où qu’elles soient. En faisant cela, cet homme a aussi trompé la générosité de l’immense majorité de mes frères musulmans qui, comme moi, peuvent lire dans le Coran : « A chacun sa direction vers où se tourner dans la prière. Mais faites assaut de bonnes œuvres, où que vous soyez, car Dieu vous rejoindra tous. » (Coran 2,148). Vous comme moi nous ne pouvons le tolérer.

Je ne veux donner de leçon à personne : la grande Histoire aurait tôt fait de me rappeler à l’humilité. Je veux juste vous dire, à vous mes frères en Dieu, qu’avec vous je suis du côté de celles et de ceux qui savent ne pas confondre l’accueil de Dieu dans leur vie avec la haine de ceux qui ne croient pas comme eux. Comme cela est rappelé dans votre Saint Livre : « Nous ne faisons aucune différence entre Ses messagers ». Je veux redire mon amitié et ma volonté de partager le combat pour la paix et la fraternité entre croyants (et non-croyants) de toutes origines, comme l’ont rappelé ensemble le Grand Imam du Caire et le pape François au début de l’année dernière : « La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer… à coexister comme des frères entre eux… comme ancre de salut pour tous… où chacun jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action… Dieu ne veut pas que son Nom soit utilisé pour terroriser les gens…  » [1] Plaise au ciel que, dans nos communautés respectives, nous sachions prendre le temps de relire et de nous laisser convertir par cette parole partagée au plus haut sommet en notre nom à tous.

Je veux vous dire mon admiration pour Mohamed Moussaoui et les mots qu’il a prononcé pour désolidariser la fête de la naissance de votre Prophète avec l’acte insensé de Nice et de quelques autres ailleurs. Ces mots et sa tristesse, vos mots et vos tristesses m’ont rappelé que nous partagions bien le même sentiment : « Considérer qu’il existe quelque chose de plus sacré que le respect de la vie humaine relève du fanatisme », comme le rappelait récemment un croyant chrétien. Si vous acceptez cela de moi, je veux vous dire encore que « les musulmans » ne sont pas responsables de cet acte, mais que cet acte met chacune de nos communautés (chrétiens et musulmans) en responsabilité pour une meilleure éducation à la foi, pour ne pas confondre la défense de nos intérêts particuliers (y compris politiques) avec la défense de Dieu dont nous serions, chacun, comme des propriétaires attitrés. Ahmad Al-Tayeb et pape François nous l’ont redit : « le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne. » Juste d’être reconnu comme Dieu dans la recherche d’une plus grande fraternité. C’est bien ce à quoi nous engagent nos célébrations. Ou alors nous ne serons plus que de ces hypocrites que dénoncent vigoureusement Muhammad et Jésus.

Olivier Pety, le 30 octobre 2020

[1] Document sur la fraternité humaine et de la coexistence commune, 4 février 2019.