POUR MEDITER

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« Plus je vieillis et plus je crois en l’ignorance, plus j’ai vécu et moins je possède et moins je règne. Tout ce que j’ai c’est un espace tour à tour enneigé ou brillant, mais jamais habité. Où est le donateur, le guide, le gardien ?

Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre), et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent : que reste-t-il ? Que reste-t-il à ce mourant qui l’empêche de si bien mourir ? Quelle force le fait encore parler entre ses quatre murs ? Pourrai-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet ? Mais je l’entends vraiment qui parle et sa parole pénètre avec le jour, encore bien que vague : Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté que sur la faute et la beauté des bois en cendres. »

Philippe Jaccottet, L’ignorant.


« L’air si clair dit : Je fus un temps votre maison, puis viendront d’autres voyageurs à votre place et vous aimiez tant ce séjour, où irez-vous ? Je vois bien de la poussière sur la terre, mais vous me regardiez… ; mais vous chantiez parfois, est-ce donc tout ? Vous parliez même à demie-voix à quelqu’un qui était souvent ensommeillé, vous lui disiez que la lumière de la terre était trop pure pour ne pas avoir un sens qui échappât de quelque manière à la mort, vous vous imaginiez avancer dans ce sens, et cependant je ne vous entends plus : qu’avez-vous fait ? »

Philippe Jaccottet, Paroles dans l’air.


« Arbres, travailleurs tenaces

Ajourant peu à peu la terre

Ainsi le cœur endurant

Peut-être, purifie. »

Philippe Jaccottet, Arbres III.


 « Je voudrais être rien d’autre qu’un homme qui arrose son jardin et qui, attentif à ces travaux simples, laisse pénétrer en lui ce monde qu’il n’habitera pas longtemps. Le pain de l’air. »

Philippe JaccottetTaches de soleil ou d’ombre,


 « L’ouvrage d’un regard… est… de veiller comme un berger et d’appeler tout ce qui risque de se perdre s’il s’endort. »

Philippe Jaccottet, Le travail du poète