La vie au Mas

Bertrand Hurault. Sans être de ses familiers, nous le connaissions d’autant mieux que sa compagne (Bernadette) se compte au nombre des bénévoles qui interviennent régulièrement au Mas. Ce qui nous avait amené à l’interroger sur sa possible participation à la conclusion d’une de nos « Rencontres Joseph Persat ». A cette occasion il nous avait livré une partie de son Job, cet homme qui parlait si bien à l’oreille de sa vie et de sa foi, quand les difficultés de la maladie les traversaient. C’était à l’automne 2010, pour une 5èmerencontre dont Guy Aurenche, son neveu, avait été l’intervenant et l’animateur. Pourquoi Job ? Peut-être parce que ce personnage biblique était à ses yeux « comme le modèle du croyant précisément parce qu’il croit contre les croyances de ses contemporains et de son temps. Job, capable d’interpeller son Dieu au plus fort de la détresse : « Moi aussi j’ai raison » dira-t-il devant ses amis. Pas pour avoir raison. Mais pour offrir à son Dieu les raisons de ses incompréhensions. Comme une figure de notre modernité. Et pour finir, il laissera toute sa place à Dieu, comme Bertrand vient de l’accepter dans sa mort. »[1]Amicales pensées à toute sa famille et à ses proches. Et un gros « poutou » à Bernadette. 

Danser avec l’automne. Et puis ce fut… l’automne ! Le micocoulier, le grenadier et le figuier se sont couverts d’or un court moment. Le jujubier avait donné le « la », perdant tout soudain son feuillage, devançant ses compagnons de feuilles mortes qui semblaient avoir du mal à quitter leur parure or et sang. L’automne a ceci de fort : nous convaincre que rien ne dure mais que chaque moment de ce rien ne vaut que par le fruit qu’il a porté. Et le temps du repos vient alors dans un dépouillement qui murmure une envie d’avenir. Entre les branches dégarnies, quelques oiseaux paraissent, nourrissent de leurs chants et du bruissement de leurs vols l’espace déserté. Promesse de vie : « C’est un vol de mésange qui nous enlève ailleurs, on ne sait comment. Trouble, désir et crainte sont effacés, un instant », écrit Philippe Jaccottet [2]. Qui plus avant nous invite à « boire ce lait d’ombre »et d’inconnu « avec les yeux » !

Confiance et gros sous. Il emmène son « scoot » à réparer. Comme d’ordinaire. Mais voilà : petite embrouille du genre « Tu as de quoi payer ? ». Et notre homme est obligé de se justifier, alors qu’il a toujours été réglo avec ce garage. Il n’est pas pauvre, gagne sa vie sans trop de problèmes en travaillant dans une exploitation viticole, apprend laborieusement à compter avant de dépenser. Une sorte d’exploit, en soi. Et soudain la question : « T’as de quoi payer ? » Rage et colère de se voir ainsi renvoyé à un passé dont qu’il combat victorieusement depuis son départ de la maison. 

Une question qui ne peut que nous renvoyer à l’attention que nous accordons aux progrès que chacun fait ou tente de faire, sauf à casser la dynamique qu’ils s’efforcent de faire vivre en eux. Surveiller et punir, disait Michel Foucault. Surveiller pour punir… ? Casquette quand tu nous tiens ! C’est contre cela aussi, que nous voulons nous battre. 

9èmeRencontre Joseph Persat. Un peu partout le travail est au centre de nos préoccupations. L’histoire travaille nos mémoires. L’argent travaille pour les plus riches. Et nul ne déniera aux mères au foyer la qualité et l’importance de leur travail familial. Mais il semble fréquent que l’on confonde « travail », « emploi », et « activité », ce mot dont Carles s’est emparé pour définir la base de son projet pédagogique (récemment renforcé et administrativement posé par la reconnaissance de l’OACAS[3], validé après un passage devant le Conseil National de Lutte contre les Exclusions-CNLE). Ce 20 octobre, pour cette 9èmeRencontre Joseph Persat, il s’agissait d’aborder la question « Travail et Activités dans notre société » au regard de nos pratiques au Mas ; pour en évaluer les enjeux et les répercussions de l’un sur les autres.

Belle journée qui a réuni une centaine de participants, magnifiquement accompagné par Claude-Emmanuel Triomphe (ancien directeur du travail, fondateur puis délégué général de l’Université Européenne du Travail entre 1997 et 2007, conseiller du Haut-Commissaire à l’engagement civique). Organisé et imaginé par toute une équipe sous la houlette de Roseline Ponceau et de Miguel Couralet, ce temps privilégié de réflexion pour le Mas a été l’occasion de renforcer quelques points de repères et de nous redonner un élan. « Il ne manque à l’oisiveté du sage qu’un meilleur nom et que méditer, parler, lire et être tranquille s’appelât travailler », écrivait Jean de La Bruyère (1645-1696), dans ses Caractères.Ce chemin est sans doute encore à découvrir.

Merci à celles et ceux qui ont bien voulu participer à l’organisation de cette journée ; ainsi qu’à celles et ceux qui, sur le terrain, donnent chair quotidiennement à cette découverte d’un travail autrement. 

Les Actes viennent d’être édités et sont à disposition au Mas de Carles.

Philippe. On voyait qu’il n’était pas bien. Mais par deux fois, l’hôpital l’avait renvoyé au Mas.

Rapidement orienté vers l’hôpital de Bagnols, il n’aura pas le temps de s’y habituer. Le lendemain il mourrait. Avec Mireille et Pierre (sa sœur et son beau-frère venus de la région parisienne) nous avons préparé puis célébré ses obsèques à Villeneuve. « Dans ma fatigue à ras de terre, quand je suis trop faible pour aimer Dieu ni homme… Pendant la nuit, Seigneur tu me seras fidèle. Dans mon usure, quand je ne vois plus clair que mon cœur se refroidit… et somnole comme une vieille femme… Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle. Dans la mort où tout disparaît, dans la nuit de la mort où l’âme n’a plus espace ni temps dans le rien où je ne trouverai plus moi ni personne… Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle. Dans le noir de Toi où je m’abimerai, où plus rien de moi ne sera ce qui fut Toi, où Toi seul seras le seul être qui demeurera de moi… Pendant la nuit, Seigneur, Tu me seras fidèle. Toi seul qui es Eternellement Toi. »[4]

Et sous les voutes de l’antique collégiale ont retentit les mots de l’hommage. Celui de Lhabib prononçant les mots de la prière musulmane (à l’aide de la première sourate du Coran), cadeau d’un compagnon confiant son compagnon à Dieu, dans sa langue maternelle (celle qui nous accouche à la vie). Celui d’Angeline pour faire mémoire des petits pas marchés ensemble dans le temps de nos coexistences au Mas : moments saisis de la beauté furtive de nos vies quand elles s’acceptent partagées.

Une antique promesse.C’était en 2004. Aimée avait écrit qu’elle désirait, à sa mort, que soit offert au Mas une somme de 1.000€. Elle venait régulièrement partager les eucharisties de Carles (voir Lettre 88 – La vie au Mas). Quatorze ans plus tard, six mois après sa mort, sa fille Mireille a tenu à honorer l’antique promesse de sa maman. Qu’elle en soit ici remerciée.

Tôtout’Arts. Cela était dans les tuyaux depuis quelques mois. Durant toute l’année, le groupe des photographes de l’association amie Tôtout’Arts, est intervenu pour photographier les gestes des hommes dans leurs activités au Mas. Il s’agissait de préparer une exposition pour la 9èmeRencontre Joseph Persat. Ce qui fut fait. Puis nous avons voulu prolonger ce moment par la présentation de cette expo dans leurs locaux. C’était le 23 novembre en fin de journée. Exposition accompagnée d’une « démonstration » de leurs ateliers d’écriture et théâtrale. A cette occasion le Mas a été invité à proposer la lecture qu’il avait faite des textes de Et puis ce fut le printempsen décembre 2018 au Mas. Expo et démonstrations furent un très beau moment de partage entre nous. Et un grand merci aux animateurs pour cette invitation.

Rappelons que ces événements surviennent alors que nous sommes en lien depuis longtemps déjà : un groupe de jeunes était déjà venu tourner un film sur le Mas [5], la chorale de Tôtout’Arts est plusieurs fois venue chanter à notre Porte Ouverte, et nous avons bâti ensemble une action « Grain de sel » autour de l’apprentissage culinaire. 

Une partie de l’équipe (manque Bénédicte)

La pie de Carles. Adieu la pie, on t’aimait bien, adieu la pie, on t’aimait bien tu sais. Tu chantais à tue tête du matin au soir pour le bonheur du petit monde de Carles que tu avais adopté sans façon. Partout tu avais ta place, au repas, sous le pré eau, dans les vergers, et surtout chez Vivna, ta protectrice, qui te prodiguait beaucoup d’attention et d’affection.

Est-ce possible ? Ton chant mélodieux s’est éteint le 11 novembre de cette année.
Non pas pour respecter la minute de silence célébrant l’armistice. Pas du tout. Il se dit qu’une terrible pétarade venue des bois tout proches t’a abattue parmi quelques autres volatiles tout aussi innocents.

Adieu la pie, on t’aimait bien tu sais.
Apparemment il serait plus facile de chasser les pies que la bêtise du cœur de l’homme. 
Au Paradis des pies, sans doute veilleras tu sur nous afin de nous rendre meilleurs et surtout plus respectueux du vivant, tout le vivant… Pourquoi ne pas y croire… Adieu la pie on t’aimait bien tu sais !

(Pierre Vidal – 25 11 1918)

Carles 2025.Et chacun des résidents s’est inscrit dans une des trois propositions de travail définies par le Conseil d’Administration : augmenter notre autonomie financière, améliorer l’accueil et réfléchir à la gouvernance à venir de l’association. Ces trois axes étaient à réfléchir à partir de trois dynamiques fortes : devenir (plus) solidaire, devenir (plus) bienveillant, partager une spiritualité dans notre manière d’être sur le lieu et ensemble. 

Tout cela s’exprimant dans les « prérequis » des « lieux à vivre » dont la charte et la grille de lecture de leurs impulsions sont des marqueurs en propre. 

Bénévoles. Une rencontre était programmée fin novembre. Pour faire le tour des réalités de la maison, accueillir de nouvelles têtes (dont Christiane qui se joint à l’équipe cuisine du jeudi et propose d’animer un atelier couture pour les résidents), faire le point sur les fêtes de fin d’année et reprendre le fil de notre réflexion sur Carles 2025 et les trois axes privilégiés par le Conseil d’Administration : autonomie financière, meilleur accueil et gouvernance à venir. Le tout à enrichir à travers les trois dynamiques choisies : solidarité, bienveillance, spiritualité. Chaque axe a ses pilotes. 

Agence Innov LR.Il s’agit d’un cabinet de conseil junior, en lien avec « Montpellier Business School » (voir Lettre de Carles n° 84), à qui nous avons demandé une aide concernant « l’identification et le développement de solutions de financements participatifs et de stratégie de communication ». Il s’agit d’offrir une meilleure visibilité à l’association et de tenter de contrebalancer la baisse envisagée des dons publics. Six ateliers ont été proposés pour réfléchir ensemble : points de vente et produits, événements et visites, réseaux sociaux et site internet, micro-don, financement participatif, mécénat d’entreprises. Nous étions une dizaine, autour de Guillaume et de M’hamed, qui nous accompagnent dans ce travail. Rien encore de décidé, toutes les questions n’ont pas été abordées… mais une belle qualité de réflexion et un vrai sérieux dans une approche un peu nouvelle pour nous.

PS : un merci à Sébastien qui a voulu et permis cette rencontre (et les précédentes). Vous ne le connaissez pas, mais lui se reconnaîtra.

UILV. Début novembre, une nouvelle rencontre de l’Union Interrégionale des Lieux à Vivre se déroule au Mas de Carles.

Dans un tour de table le GAF (Toulouse), La ferme Claris (Lézan), La Celle (Le Vigan, Alès et Montpellier), AC3 (), Vogue la Galère (Aubagne) et le Mas de Carles ont partagé leurs réalisations, leurs espoirs et leurs difficultés : 

*en matière de construction, avec des exigences administratives accrues… même si construire ensemble laisse des traces dans la vie des hommes qui y participent, sans compter les apprentissages qui se font sur place et peuvent permettre une insertion dans l’économique local ;

*en matière de financements : nos lieux ne sont mentionnés dans aucun des documents actuels concernant la lutte contre la grande pauvreté.

L’après-midi est ensuite consacré à l’avenir des « lieux à vivre ». Avec l’annonce que ceux qui en ont fait la demande sont quasi assurés d’être agréés OACAS (Organismes d’Accueil Communautaire et d’Activités Solidaires) [6]. C’est la reconnaissance d’un statut pour les personnes et les associations, permettant « à des personnes éloignées de l’emploi de participer à des activités relevant de l’économie sociale et solidaire sans lien de subordination, à la seule condition de respecter les règles de vie communautaire. En retour, les personnes accueillies ont la garantie (1) d’un hébergement décent, (2) d’un soutien personnel et d’un accompagnement social adapté à leurs besoins, (3) d’un soutien financier assurant des conditions de vie digne. »Merci à Jacques qui n’a pas ménagé ses efforts pour arriver à ce résultat.

Puis est venu le temps d’envisager ce qui conviendrait pour assurer visibilité et donner efficacité à notre Union : plaquette et flyer, édition du dossier CNLE, embauche d’une personne pour animer la VAE dans le réseau, tenir une comptabilité de nos déplacements, produire un label LAV. Pour amorcer la « pompe » de cette comptabilité et face aux exigences de DGCS, chaque association adhérente s’engage à verser 50 €. Il s’agit d’un seul et unique versement. 

La prochaine rencontre se déroulera le 18 janvier à Toulouse.

Oliviers et olives. Quatre tonnes d’olives récoltées (exactement 3.984 kg) cette année. Et beaucoup plus rapidement que les autres années. Cette année, grâce au prêt d’un ami, l’équipe a pu expérimenter l’utilisation d’un vibreur. Résultat, c’est presque un palox qui fut ramassé dans la journée. L’expérimentation a été si concluante que, dans la foulée, la maison s’en est procuré un pour terminer la récolte (et envisager les suivantes). Cela a permis de raccourcir la saison du ramassage et de pouvoir entamer la taille sans plus attendre (et en totalité cette année).

Pour l’exemple. Voici un extrait de la « Lettre aux amis » rédigée par les sœurs du monastère de l’Epiphanie, à Eygalières. De quoi revitaliser la fête de Noël et notre relation à l’autre, « nu et étranger » : 

« Une autre réalité de notre temps nous a aussi motivées pour écrire cette lettre : c’est notre rencontre avec Christophe, un jeune orphelin guinéen qui a 19 ans aujourd’hui, mais qui est arrivé en France en 2015, comme « mineur non accompagné ». Une fois atteinte sa majorité, il s’est trouvé sous la menace d’un arrêté d’expulsion, suspendu sur sa tête comme une épée de Damoclès. En fait, nous connaissions Christophe depuis plus d’un an, car on nous avait sollicitées pour l’accueillir parfois pendant des vacances scolaires ou un week-end, afin de soulager les familles d’accueil qui l’hébergeaient pendant les vacances depuis trois ans maintenant. Devant sa détresse, et avec l’accord de notre évêque, soeur Dominique a accepté que la communauté s’engage dans une démarche de parrainage ; sr Catherine s’est proposée pour assumer une démarche d’adoption simple. C’est une aventure inédite, qui a demandé beaucoup de démarches administratives. Aujourd’hui Christophe a enfin son titre de séjour pour un an, renouvelable ; il est en Première au lycée Henri Fabre de Carpentras. Une belle solidarité de la part d’amis de la communauté s’est constituée autour de Christophe pour lui donner des cours de rattrapage. Merci à tous ceux qui sont prêts à nous aider à l’accompagner dans la suite de sa formation professionnelle et de son insertion en France. »

Merci mes sœurs pour ce beau témoignage de ce dont notre humanité est capable. La vôtre, d’abord. Celle de beaucoup de celles et de ceux qui se battent (le plus souvent silencieusement) pour offrir un accueil digne à l’étranger qui cherche asile auprès de nous. Et peut-être bien la nôtre à votre suite à tous.

Une visite entre « professionnels ».Mercredi, nous sommes allés visiter deux fermes avec Joel B, Raymond, Jean-Noël, Patrice, Bruno, Philipe, Jean et moi-même. 

D’abord le Mas Rivière, à Molière sur Cèze (au bout de 10min de « piste » pour l’atteindre.) Nous avons été accueillis par un couple, Hermine et Jean Pierre, exploitants depuis 35 ans. 

Avec 50 chèvres qui pâturent seules dans les bois toute la journée, ils produisent fromages, yaourts, terrines de chevreaux, confitures, farine et purée de châtaignes. 

La traite est faite le matin, une seule fois par jour. Ce qu’on appelle monotraite qui offre une production plus régulière pendant la période de lactation (et diminue la charge de travail par rapport à notre pratique).  

Hermine et Jean-Pierre utilisent des graines germées en alimentions (ce qui a déjà été fait au Mas au de Carles par le passé) et travaillent en traitements homéopathiques, ce qui leur permet d’aller plus loin dans les soins et la prévention qu’une ferme classique.  

Pour la fabrication des fromages Jean Pierre utilise des blocs-moules, (48 moules accrochés ensemble), pour gagner du temp. Mais cette pratique est interdite en AOC Pélardon (donc interdite pour nous, au Mas).

Le Salage est effectué directement sur les fromages à la main (Plutôt que le salage de lait) Il y a plusieurs avantages, notamment un démarrage plus rapide de l’affinage. La difficulté au Mas de Carles c’est que plusieurs personnes interviennent en fromagerie : or la dose de sel doit être très régulière [7].

Piquenique sur la terrasse face à la vallée, conclu par un café offert par Hermine.

Etant sur la digestion, la visite de la 2èmeferme (maraichage), la visite a été plus calme. 

En place depuis 1998, Bernard Friedli et sa femme nous ont gentiment fait faire le tour du propriétaire, en nous expliquant ses différentes pratiques et ses méthodes de travail, (assez complexes d’ailleurs). 

Ses maitres mots sont : gestion des déchets et recyclage intégral de la matière organique (avec broyeur et compostage). 

L’une des particularités de la ferme est que Bernard et sa femme travaillent le sol avec deux ânes et utilisent des buttes de cultures. A la fin de la récolte, ils installent des poules pondeuses pour désherber les parcelles. En parallèle ils possèdent aussi une quarantaine de moutons, bons nettoyeurs des sols eux aussi (tant que le loup n’y est pas). Il vend ses légumes sous la mention « Nature et Progrès », mais aussi des confitures et du sirop. 

Un grand merci à vous qui avez accepté de nous accueillir et de passer du temps avec nous !                             (Joël)

Rotary.Et l’histoire entre le Rotary-Club Pont du Gard et nous continue de s’écrire en termes de confiance et de partage. Parmi ses nombreuses actions en faveur des moins chanceux de notre société, les responsables du Club Pont du Gard ont proposé un temps de solidarité dédié à notre association autour de sa traditionnelle journée de karting. C’était en mai dernier, à Bouillargues, en partenariat avec le Spar des Angles et la société immobilière Hectare. Le jeudi 6 décembre, ces fidèles d’entre les fidèles sont venus remettre le chèque du fruit de cette journée : 3.000 €, consacrés à l’aménagement du futur laboratoire de transformation des produits de la ferme (soupes, confitures, etc.). Réalisé par des résidents, des membres du chantier d’insertion et des entreprises locales (sous la direction éclairée de Patrick). Un bon coup de pouce pour ouvrir un peu plus l’avenir de la maison. Que tous trouvent ici nos remerciements les plus vifs.

Luc Tournel.Le journal nous a appris, à quelques jours de Noël, la mort de Luc. Malade depuis quelques années, il s’est endormi paisiblement à l’hôpital. Luc a fait partie des pionniers de l’organisation salariale à Carles. Embauché pendant un an dès 1993 dans le cadre d’un contrat Emploi Solidarité, il intégrera l’encadrement de la maison à la suite de ce premier contrat comme moniteur d’atelier (« murailleur ») entre octobre 1994 et juin 1997. Son tempérament volontiers méditerranéen et sa joie de vivre ont rapidement retenti entre les arbres et les pierres de la propriété. Ses colères feintes étaient sa manière de nous rappeler qu’encadrer des hommes en difficulté n’est pas chose simple et que notre fécondité mutuelle tient dans ce rapport rugueux des uns aux autres : rugueux, mais rayonnant. J’ai repensé à toi, Luc, en relisant ces mots de Jean Sulivan « Peu nous chaut que nos œuvres survivent, mais nous savons une chose : c’est que la petite musique qui nous fait vivre et nous tue est immortelle et qu’aujourd’hui même des vivants… prennent le relais pour témoigner du presque rien qui traverse l’histoire, avec et contre elle. Notre seule ambition est de transmettre à quelqu’un l’initiation,la parole qui fait rouler la pierre »[8]Salut à toi, Luc et bises aux tiens.

Confiturerie.Pour certains, cela ne va pas assez vite. Pour d’autres, prendre le temps permet aux résidents d’offrir leur participation à la réalisation de ce qui sera leur instrument de travail. Pour tous, cela rime avec la mise en place des normes de sécurité sur lesquelles personne n’envisage de transiger.

En attendant, Joseph n’y reconnaîtrait pas sa cuisine d’été. Ni la famille Lambert et quelques autres qui ont participé à l’accueil et à la cuisine, il y a de bien nombreuses années dans ces locaux. 

Ainsi lentement, mais surement ce qui était devenu un dépôt, s’invente en confiturerie. Avec du matériel adapté : 

Poulailler.Le « fermier général » est formel : le poulet représente bien une opportunité pour une activité supplémentaire et un revenu de plus pour la maison. A condition de pouvoir faire tourner l’élevage plus rapidement. Les normes actuelles imposent un certain laps de temps entre deux renouvellements (4 semaines). Pour raccourcir ce temps, un second, voire un troisième poulailler permettrait d’augmenter les rotations et une meilleure utilisation de la salle d’abattage que l’on a installée il y a près de deux ans maintenant. La Porte Ouverte ayant permis une avance financière pour ce projet, rien ne s’oppose plus à passer à l’action… d’autant que cela offrira un poste d’activité supplémentaire à une personne fut-elle en petite forme !

En attendant, il manque encore 1.500€ pour aller au bout de cette possibilité. Si tel ou tel se sent de participer…

Le Fonds de Dotation Joseph Persat – Mas de Carles.« Après en avoir débattu, le conseil d’administration du Mas de Carles, sur proposition de son président, décide : la création d’un Fonds de dotation , conformément à la loi n°2008-776 du 4 août 2088 de modernisation de l’économie, articles 140 et 141, et le décret n° 2009-158 du 11 février 2009 ; de dénommer ce Fonds : « Fonds Joseph Persat » ; d’approuver les projets de statuts et de désigner Messieurs Olivier Pety, Hubert Legeay, Fred Eymard et Patrick Chevrant-Breton, comme membres du conseil d’administration du Fonds. »

C’est comme cela que l’aventure a démarré. Depuis le Fonds a pris le nom de « Fonds Joseph Persat – Mas de Carles », le nombre des administrateurs a changé (approuvé par le CA du Mas de Carles).

Ce Fonds a été créé pour recevoir dons et legs, de toute nature. 

Les avantages fiscaux du fonds de dotation sont ceux réservés au mécénat pour les entreprises et les particuliers par les articles 200 et 238 bis du code général des impôts. Les entreprises qui consentent des dons au profit d’un fonds de dotation peuvent ainsi bénéficier d’une réduction d’impôt à hauteur de 60% du montant des versements, dans la limite de 5‰ du chiffre d’affaire. 

Les particuliers qui consentent des dons au profit d’un fonds de dotation bénéficient d’une réduction d’impôt sur le revenu (IRPP) égale à 66% du montant des sommes versées, dans la limite de 20% du revenu imposable.

Les dons et legs consentis au profit des fonds de dotation sont exonérés de droits de mutation (article 795,14 du code général des impôts).

Nouveau. Cela se prépare depuis près de deux ans. Nous savons tous que Jacques Vivent prend sa retraite. Il nous fallait donc penser à le remplacer. Ce qui fut préparé avec Pierre Alexis Descours. Il était membre du CA de Carles depuis quelques années et vice-président. Avec le concours des responsables de son ancien poste (infirmier au centre Guillaume Brouttet, spécialisé dans l’accompagnement des personnes en situation d’addictions) il a accepté de prendre le temps de se former à la direction de maison comme la nôtre. Dans le respect des options d’accueil du Mas concrétisées autour du choix des « lieux à vivre » et de leurs quatre piliers (hébergement, vie commune, activités -dans le cadre de l’agrément OACAS-, rétablissement des droits et inscription dans la vie sociale et culturelle environnante). Dans le respect aussi d’une certaine précarité (un tiers du budget dépend de nos actions, du mécénat, du réseau de nos donateurs et, pour une part, de la militance des uns et des autres). Bienvenue, l’ami. Et courage. Trempé à l’invitation de René Char : « Vous tendez une allumette à votre lampe et ce qui s’allume n’éclaire pas. C’est loin, très loin de vous, que le cercle illumine. »[9]Juste pour nous redire que le sens et la fécondité de notre présence au Mas, ne luit pas toujours en direct pour nous !

Faisans.L’organisation inter-professionnelle de la filière « gibier de chasse » a offert 5000 faisans à la Fédération Française des Banques Alimentaires. 80 d’entre eux ont été donnés à la Banque Alimentaire de Vaucluse. Sa présidente, Mme Annie Paly, les a proposés à cinq associations d’hébergement de sa zone d’intervention, dont le Mas de Carles. Merci à celles et ceux qui ont assuré cette chaine de la solidarité : depuis ces chasseurs au grand cœur jusqu’à celles et ceux qui assurent la logistique de la redistribution à travers la BA84. 

Une bonne occasion de rappeler que la traditionnelle collecte, empêchée par les blocages des « gilets jaunes » a été reportée aux 8 et 9 février 2019. 

Lumière de Bethléem.Ils sont venus à quatre. Quatre scouts de Bagnols. Pour nous apporter ce qu’ils avaient eux-mêmes reçu : cette petite lumière de Bethléem. Allumée au cœur même du lieu de la naissance de Jésus. Une lumière de paix. Pour que Bethléem devienne aussi pour chacun de nous l’envoi en mission : mission de paix auprès de nos proches et de nos lointains. Lumière de paix à répandre qui nous vient de celles et de ceux qui n’y ont pas (encore) droit, (toujours) prisonniers de hauts murs aveuglants, de check-points qui immobilisent toute volonté de marche en avant, de puits détournés et d’arbres arrachés (fut-ce à la veille de la récolte). Lumière de Bethléem, est une action initiée en 1985 par la station de radio de Haute-Autriche de l’ORF pour lutter contre la pauvreté et apporter la paix. Elle sera reprise par les scouts autrichiens. Puis Allumée dans la grotte de la nativité à Bethléem, la lumière est rapportée à Linz en Autriche, puis transmise de main en main partout en Europe. Elle constitue un symbole de paix et de fraternité, que l’on peut recevoir et diffuser. Chacun peut participer à la transmission de la Lumière de la Paix de Bethléem, qu’il soit scout ou non.

Merci à ces quatre et à la paroisse de Bagnols d’avoir voulu nous associer à ce geste de partage lors de la célébration du dimanche avant Noël.

Derniers jours de l’année.Comme chaque année, Noël et le Jour de l’an ont été l’occasion d’un moment convivial. Une cinquantaine de personnes (résidents, bénévoles et salariés) se sont retrouvés autour d’une table très bellement décorée et d’un repas haut de gamme, concocté par notre « cuistot ». Pour Noël s’est ajouté un cadeau pour chacun. Merci à tous pour ces bons moments passés ensemble, dans la détente. Dans ces moments comment ne pas faire notre ces quelques mots de Christian Bobin : « Je ne vis que pour quelques éclairs imprévisibles : un arrachement, quelque chose qui plonge sa main dans ma poitrine et en sort, trempé de lumière. »[10]

Etle mouvement des « gilets jaunes » ? Se prononcer au fond ? Plutôt essayer de comprendre ce qui nous vient par là à partir de notre situation au mas de Carles. Olivier Galand, sociologue, résumait ainsi son regard sur la situation : « Non seulement les Français les plus pauvres sont loin d’être mobilisés dans le mouvement, mais ils pourraient être, en plus, les victimes collatérales des mesures réclamées par les gilets jaunes »

Et c’est notre question de fond(s) : jamais, à aucun moment, les plus pauvres, ni les associations qui les accompagnent (hébergement, nourriture, ou tout autre forme d’accompagnement) ne sont ni repérés, ni nommés, dans aucun discours (les officiels comme les autres). C’est un vrai souci pour nous. Avec la crainte de nous voir ensemble encore plus marginalisés (pour ce qui est de la « considération » comme du financement).

Beaucoup plus que d’autres, ils appartiennent à ces groupes sociaux « ignorés sur une scène politique et médiatique où il est beaucoup question de riches et de très riches, de créateurs d’entreprise, d’ingénieurs… ». Eux ne sont pas dans une situation plus ou moins tendue [11], mais au-delà : dans la précarité la plus absolue. Incapables, sans le recours à nos associations, de se loger, de manger, d’apprendre, de trouver un lieu de parole qui respecte leur différence et fait valoir la vie, etc.

Cette absence dans les discours les rend encore plus inexistants, face à un monde qui préfère parler recherche d’emplois à tout prix, même si chacun sait (à commencer par nos gouvernants) que ce n’est pas l’ingrédient le plus répandu ni le plus accessible à ces plus que pauvres de notre société. En attendant…


[1]Extrait de l’homélie prononcée à ses obsèques.

[2]Philippe Jaccottet, Cahier de Verdure, nrf, 1990, p. 76.

[3]Organisme d’Accueil Communautaire et d’Activités Solidaires. Fruit d’un long travail avec « l’Union Interrégionale des Lieux à Vivre » et le patient accompagnement de Michel Bérard, puis de Jacques Vivent.

[4]Marie Noël, Notes intimes.

[5]Voir « Bocal TV », sur le site du Mas.

[6]Voir Editorial et Vie au Mas de la Lettre de Carles n° 85.

[7]Chose que l’on peut compenser par l’usage d’un dispersoir automatique pour avoir toujours la même dose de sel.

[8]Jean Sulivan, La traversée des illusions, nrf, 1977, p. 190.

[9]Id. n° 120)

[10]Christian Bobin, Le nuit du cœur, nfr, 2018, p. 46.

[11]Voir article de Patrick Jarreau, journaliste, ancien directeur de l’information au Monde (11 décembre 2018).   

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