LA VIE AU MAS

Ferme en Ferme. L’action annuelle « De ferme en ferme » qui s’est tenue les 27 et 28 avril a été une grande réussite avec la visite d’environ 600 personnes. Est à souligner la participation très active de plusieurs salariés. Cela a permis aussi la vente de produits pour 4.200 euros.
Une réflexion pourrait être lancée sur la question de l’alimentation vue sous l’angle écologique impliquant les consommateurs…
Un grand merci à Patrick et à Claire pour leur fort engagement dans cette manifestation

Taille des oliviers. Cette année, par la grâce du renfort en main d’œuvre des salariés du chantier, accompagné par Alain et Camel, tous les oliviers ont été taillés. Nous voilà prêts à affronter récoltes à venir et repos des arbres pour au moins une année.

Dans le même temps, nous sommes allés prêter notre concours pour commencer à nous occuper des oliviers de Manissy qui n’avaient reçu aucun soin depuis fort longtemps. Résultat, chacun cherchait la lumière au plus haut qu’il pouvait, au détriment des autres et rendant impossible toute récolte à venir, sauf à les entendre murmurer leur avenir : « Front contre nuages, j’entends ruisseaux de sève monter, de la terre au temple de mon corps. Branches ouvertes, la tendresse de l’aube un appel à la brise, à la rose de feu. La violence du gel me conduit à la mort. Homme, de toi, j’espère le don ; à la grappe des feuilles, la liberté des fleurs. » [1]

Une histoire d’homme. Un long parcours de « dragon du feu » comme l’appelait un enfant. Oui, R., crachant le feu, et mangeant le verre, passe d’un pays d’Europe à l’autre, fuyant, durant 25 ans, une famille où il n’avait pas été traité en douceur … c’est un euphémisme.

Des lieux comme Berdine et Passerelle l’avait reçu, et c’est en 1991 que R. arrive à Carles, accompagné de C. Il y travaille au bois. Son originalité y est reconnue, respectée.

Par ces étapes successives R. a pu devenir autonome. Ses papiers remis à jour, il trouve tout de suite un emploi comme bûcheron, et quitte Carles. Ayant besoin d’une tronçonneuse pour son nouveau travail, il revient demander qu’on lui prête un peu d’argent. Puis quand il vient rembourser, Olivier lui dit : « Dégage, mon pote ! » Et ils se mirent à rire tous les deux.

Il y a 15 ans R. vient vivre sur les bords du Rhône dans un cabanon de pêcheur. « Durant ce temps, raconte sa voisine Danielle, il y a eu plusieurs périodes.  La première, sombre : tous les voisins se méfient de lui, il fait peur avec l’alcool, ses colères…Il est incompris ; j’étais la seule à m’entendre avec lui.  Dans cette proximité il s’est petit à petit sociabilisé.

De fait en m’intéressant à lui, je découvre un autre être ; un lien fort se construit entre nous au long des années ; petit à petit, avec en plus un travail sur lui-même, depuis plusieurs mois, R. ne touche plus à l’alcool et le vrai Rudi se laisse découvrir de plus en plus : il a changé de caractère, son côté bricoleur a pris le dessus ; il y excelle et rend des services à tout le monde.

« Il démarre la couture, inventant un système pour rembobiner les bobines. Il fait des ourlets à ses copains qui n’ont pas le sou et ne savent pas coudre. Confectionne un étui pour ciseau de broderie !

Il est devenu très sociable ; c’est un voisin formidable toujours prêt à aider : répare la barrière de mon jardin, fait le tout à l’égout, creusant une grosse tranchée ; remets en marche la pompe à eau, fait un meuble de cuisine entouré de céramique, mine de rien… de façon artistique. Ces derniers temps il crée une maquette de bateau téléguidé, avec des ancres électriquement amovibles et des illuminations intérieures et extérieures etc. Les pièces manquantes il les construit lui-même…  Tout cela malgré un gros handicap au bras.

Il accueille aussi une bonne petite ½ douzaine de chats qu’il bichonne.

En fait il avait déjà ce caractère mais il fallait voir ce qu’il y avait sous la carapace, c’est une symphonie à deux. Il ne dit pas que c’est grâce à moi qu’il a changé, mais, avec moi, il est protecteur et dit que je suis un peu comme sa sœur ; je lui fais son courrier administratif et il s’occupe de moi en échange. Je l’ai aidé comme il m’a aidée.

Il encourage ses copains à aller voir un médecin pour arrêter l’alcool. Il est devenu « le chevalier de la lutte pour l’abstinence ».

Il garde sa bonne dégaine qui lui joue parfois des tours : l’autre jour, il s’est fait plaquer au mur par les policiers, qui l’ont insulté, tendus qu’ils étaient par la présence des casseurs qui se mêlent aux « Gilets Jaunes ». En fait il prenait de l’essence pour sa tronçonneuse, non pour mettre le feu.

En ouvrant les yeux au-delà du treillis, on découvre toute sa délicatesse et sa douceur. »

C. l’a quitté et ils sont devenus … de très bons amis.

Il y a 15 ans il n’arrivait pas à s’occuper de lui-même, mais actuellement, il a envie de recevoir des amis pour leur faire de bons petits plats. Quitte à construire une table en fer forgé sur un coup de cœur, réalisant que les invités sont trop nombreux pour sa petite table.

R. a beaucoup de reconnaissance envers le Mas de Carles : « Là-bas c’est le recommencement pour moi, pour arrêter les c …ies » Il parle souvent de ceux qui l’ont accueilli, alors ses yeux brillent.

Mégot. Dans la rue, un mégot de cigare.  Gros. Très gros. Comme seuls les (très) riches en fument. Ce mégot dans la rue, trône entre deux excréments de chien. Est-ce assez dire le destin de la richesse ?

Retour à Fouillouse. Au fond d’une longue combe qui vient buter sur la montagne haute, à 1900 m d’altitude, du côté où le soleil se lève : c’est le hameau où est né Henri Grouès, dit l’abbé Pierre. Rien d’autre ensuite.

Au pied du hameau le tumulte incessant du torrent qui cascade à ses pieds. En face un énorme rocher solitaire, immobile, semble veiller. Et les marmottes sifflent ma présence, inopportune pour elles.

En ce lieu, rien qui puisse faire allusion à la naissance d’Henri Grouès, un des « ancêtres » de la charité. Sortir de Fouillouse fut sans doute la première charité : celle de Dieu, pour offrir à cet homme l’espace agrandi de ses actions futures ; celle Dieu, encore, pour nous tous, invités à nous souvenir d’avoir toujours à nous poser la question : peut-être sommes-nous tous nés à Fouillouse pour profiter des largesses de Dieu et ne pas oublier ce devoir de solidarité enfoui dans tous les Fouillouses de nos vies… à condition d’en sortir.

Est-ce pour cela que ce hameau perdu reste le point de départ du GR6 qui conduit le marcheur à l’autre bout de la France (jusqu’à Bordeaux) ? Comme une invitation au voyage, à la découverte de lieux nouveaux, à la rencontre d’autres, marchant eux aussi, chacun dans la limite de ses forces et l’émerveillement de ses découvertes.

Au cimetière, le tombeau de ses ancêtres pour parler ses commencements. Et les commerçants du coin ne sont pas là pour commenter ou désigner. Ici, pas d’autres lieux pour les hommes, grands ou petits, que la mémoire d’eux inscrits en filigrane (par leurs ancêtres) sur une pierre tombale où les noms commencent à s’effacer. Fragilité de nos « egos ».

Sur la façade d’une maison en ruine, un cadran solaire interpelle le passant : « Mortel, sais-tu à quoi tu sers ? A marquer les heures que tu perds ». Je n’ai rien trouvé de l’abbé Pierre. Mais beaucoup appris de l’humilité.

Fête des voisins : 2ème édition.

Après une première en 2018, les voisins présents et ravis de cette initiative, avaient souhaité que cela se renouvelle. Parole tenue. Et cette seconde édition de notre fête des voisins s’est déroulée le vendredi 28 juin.

Une douzaine de voisins était présents. Des courageux, pour faire face à cette période de pleine canicule, même si, face à la chaleur excessive, quelques-uns ont dû se désister. Mais le nécessaire avait été mis en œuvre pour que tout se passe au mieux : préau inondé au tuyau d’arrosage à plusieurs reprises, repas froid préparé par notre chef Joël et les petites mains de Maryse. Un mojito sans alcool rafraichissait nos convives pour l’apéritif. Tout ceci, accompagné des différents plats apportés par nos voisins, a permis une bien belle soirée. Chacun, résident et voisin, s’est quitté ravi, en disant une fois de plus : « à l’année prochaine » !

Un clin d’œil, si vous le permettez. Pour rappeler cette initiative du pape François lançant une journée mondiale des pauvres en 2017. Pas pour pleurer le sort des moins chanceux de nos sociétés, mais pour rappeler que nos actes en leur faveur sont seuls capables de rétablir égalité et justice autour de nous. La prochaine sera célébrée le 17 novembre prochain, avec ces mises en garde : « On ne pardonne pas même aux pauvres leur pauvreté. Le jugement est toujours aux aguets. Ils ne peuvent pas se permettre d’être timides ou découragés, ils sont perçus comme menaçants ou incapables, simplement parce qu’ils sont pauvres… Nous reconnaissons une multitude de pauvres, souvent traités par des discours et supportés avec agacement… » [2]

Refrain. « On se parle mal » entre nous. Quand on y regarde de plus près, il ne s’agit pas de généraliser. Mais il est vrai que la parole de certains manque parfois de respect ou de recul. Chacun réagit avec ses blessures, sans se douter qu’il aggrave celles des autres. Ou bien parce qu’une parole irrespectueuse se veut la marque d’un certain pouvoir sur d’autres. Ou bien parce que l’autre fait peur… Celui qui écrit ses lignes n’est pas plus exempt que les autres de ce reproche.

Des chats et des sangliers ! Rien n’y fait. Du côté des chats c’est l’émerveillement devant les tout-petits si jolis, si mignons, si… On oublie simplement qu’ils grandissent vite et que leur instinct prédateur prend vite le relais de leur joliesse. Moyennant quoi, le nombre des oiseaux diminue avec les autres bestioles (lézard et autres) qui font le charme de nos campagnes. Et tous ces gens qui ne cessent de se débarrasser de leurs chats sur le dos de Carles. Et tous ces profiteurs qui se proposent de nous aider « généreusement » pour régler les problèmes de stérilisation. Généreusement mais non sans idée de profit : les deux dernières campagnes nous ont coûté la bagatelle de 4.500 €. Inacceptable… d’autant que nous n’avions pas compris que nous aurions à payer !

Ajoutons à cela les sangliers qui ne cessent de dévaster nos cultures. Quoique nous fassions, clôture ou pas, électricité ou non, nuit après nuit, ils reviennent. Ils se promènent librement dans la propriété. Il n’est pas rare que l’un ou l’autre des résidents tombe groin à nez avec un groupe assez important (généralement une bonne quinzaine). Dangereux quand il y a des petits au milieu. Et ils s’en prennent à   nos cultures : melons, citrouilles, courgettes, poireaux. Ils ne sont pas difficiles, fouillent et déracinent dès qu’ils sentent un peu d’humidité, avalent ce qu’ils peuvent et donnent du travail supplémentaire aux hommes chargés de cette activité. Désespoir des concernés et questionnement de Patrick : que faire face à cette engeance dont les chasseurs ne prélèvent qu’une maigre partie ?  Un sanglier farci aux poireaux ? Il en restera encore au moins quatorze autres !

[1] Joseph Pacini, Ici parle l’olivier, 2002.

[2] Pape François, Message pour la 3ème journée mondiale des pauvres, 13, juin 2019.

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