LA VIE AU MAS

Vincent.J’étais passé le voir à l‘hôpital, juste avant Noël. Un moment fort (je découvrais là le cancer qui le tenait) et d’échange simple et heureux. Avec promesse de revenir après Noël. Promesse non tenue. Il est mort rapidement après. Et maintenant je suis encore là, au coin d’un autre lit, avec sa mère et une de ses nièces. Il repose calme et détendu, l’amorce d’un sourire encore dans cet abandon final. Ultime geste d’une bienséance qui fut toujours la sienne. Juste les yeux fermés, un peu trop blanc. Et nous nous racontons quelques bribes de son histoire, sa présence au mas entre 1998 et 2001, dans le cadre d’un CEC (ancêtre des chantiers d’insertion). Et les souvenirs de sa présence ravivent en nous le secret du sourire qui l’habitait. Et nul ne sait plus ce qui doit se dire à ce moment-là, de la tristesse ou de la petite joie qu’il nous partage. Me vient tout à coup ces vers d’Aragon : « Mais le soleil sur ta figure Est plus fort que l’ombre qu’il fait… Un sourire est assez pour dire la musique de l’être humain. »[1]Nous avons célébré ses obsèques le 4 janvier, dans un mistral fort inhospitalier.


Retraites, départs et arrivées. Ce début d’année aura été marquant pour la vie de l’association. Joëlle, l’éducatrice, et Jacques, le directeur, partent à la retraite. Quinze années de compagnonnage actif. Quatre autres salariés en profitent pour tirer eux aussi leur révérence : Stéphane, Christophe (deux « veilleurs ») et Caroline (éducatrice technique) souhaitant réorienter leurs parcours professionnels ; Rachid (éducateur) choisit de se rapprocher de ses filles.

Avec tous nous avons fait un (bon) bout de chemin : ils ont aimé la maison et permis à Carles de poursuivre sa croissance dans la fidélité aux intuitions de Joseph, notre fondateur ; dans le partage quotidien avec les résidents et la volonté de créer une vraie communauté de vie entre tous.

Laure (conseillère en économie sociale et familiale) et Tara (éduc. spé.) remplacent Joëlle et Rachid ; Benoît et Julian remplacent Stéphane et Christophe.


Lion’s Club. Le Lions Club International est la plus grande organisation de service du monde, avec près de 1,4 millions de membres regroupés en quelques 46000 clubs dans plus de 200 pays.

Depuis 1917, les Lions Club développent de multiples opérations locales, nationales et internationales, dans le domaine de la santé, du savoir, de l’éducation et de la culture. Les Lions favorisent le rapprochement entre les peuples par les échanges de jeunes du monde entier.

Les actions peuvent être mondiales (par exemple lors des récentes catastrophes dues aux ouragans), mais aussi concerner des programmes en faveur de grandes causes, telle que la lutte contre la cécité évitable ou encore les maladies génétiques (participation au TELETHON) : sa nouvelle orientation mondiale de service attribue désormais la priorité au diabète.

Au quotidien, les actions nationales et locales, reflétent l’implication profonde des Lions dans la vie de la cité, fort de leur engagement : “NOUS SERVONS“….

Ce jour-là, le 18 février, ce fut notre tour d’être distingués et de nous voir attribuer un chèque pour poursuivre l’installation de la nouvelle confiturerie.  Petite cérémonie à la mairie en présence du maire de Villeneuve, de la sénatrice et du staff du Lion’s Club Pont d’Avignon Villeneuve-Les Angles. Grand merci de ce soutien et la fidélité de ce club : ce n’est pas la première fois que nous recevons leur soutien.


Michel. Il a été notre compagnon pendant trois ans. Il arrivait tout droit des trottoirs de Nîmes où il avait mené une vie de SDF, avec tout ce que cela suppose d’addictions, de dangers, de solitude, de ruptures avec les siens.

Pendant ces trois années il s’est battu contre l’alcool pour tenir sa place au mas : jardin et abatage des poulets. Pendant trois ans, il a accepté de retrouver le chemin de ses enfants et de ses petits-enfants. Ce fut rude pour tout le monde : pour lui, invité à reprendre le chemin d’une relation qu’il avait récusé ; pour ses enfants que son errance avait malmenés ; pour nous tous ici, qui le surveillons comme le lait sur le feu pour l’aider à quitter ses démons.

Il avait soixante ans. Il venait de poser deux actes forts : il avait accueilli sa petite fille au mas au cours d’une visite, sa grosse main enfermant la petite main de l’enfant ; il avait fêté ses soixante ans avec ses enfants.

Une semaine après, il s’effondrait d’un bloc devant sa porte.

La soudaineté de cette mort nous a tous marqués profondément, venant réinterroger la qualité de nos relations dans la brièveté de nos vies. Ce qui fut rendu à la célébration de ses funérailles (le 13 mars, à Lunel) par ce texte connu d’un vieux théologien : « Qu’est-ce qui nous reste ? Qu’est-ce qui reste quand il ne reste rien ? Ceci : Que nous soyons humains envers les humains, qu’entre nous demeure l’entre-nous qui nous fait hommes. Car si cela venait à manquer nous tomberions dans l’abîme, non pas du bestial, mais de l’inhumain ou du déshumain, le monstrueux chaos de terreur et de violence où tout se défait (…) Il n’y a rien à ajouter à cet infime et pur commencement ; surtout pas ce qui fonderait, justifierait, expliquerait, etc. Il n’y a qu’à s’enfoncer dans cette sobre tendresse sans mesure ; alors tout sera donné, qui ne s’ajoutera pas, mais fructifiera à l’infini. »[2]


Totout’Arts. Pendant toute une année, et même un peu plus, toute une équipe de photographes de Totout’Arts s’était mêlée à nous pour photographier les gestes des activités proposées au Mas. C’était une commande en vue d’une exposition pour la dernière Rencontre Joseph Persat axées sur « Travail et Activités ».

Nous nous étions alors promis de faire circuler cette expo dans divers lieux. Le premier d’entre eux à l’accueillir fut la mairie de Saze. Ce 23 mars a été le jour du vernissage en présence du maire de Saze, de la sénatrice, du directeur de Totout’Arts et des membres de son association et des photographes, des résidents et des responsables du Mas de Carles. Des bénévoles des deux associations. Des habitants de Saze. Un moment joyeux avec le plaisir de retrouver de très belles photos. Prochain épisode 26 et 27 avril, à Pujaut, chapelle Saint Vérédème.

Pendant ce temps, Annie Chatenay, sociologue formatrice à l’IFM s’est emparée des photos pour animer une rencontre à Beyrouth à l’été 2019. Salariés, bénévoles, résidents sont invités à choisir une dizaine de photos pour lui permettre un regard plus clair sur la réalité des activités au Mas.


Retraites et départsUne belle fête nous a tous réunis autour de Joëlle et de Jacques le 23 mars au mas, pour lui dire notre « merci » pour le temps passé au mas. Un moment de convivialité largement partagées avec Moussa, Camel, Lhabib, Alain, Patrick, Claire et toute la communauté des résidents, des salariés et des bénévoles. Pour chacun des mots d’au revoir avec beaucoup d’émotion. Et l’occasion d’offrir une saynète aux invités : l’animateur Jacques n’est jamais loin ! Pendant 19 ans pour Joëlle et 16 ans pour Jacques, ils ont écrit une belle page de vie commune. Ils ont su allier un sens aigu de la maison et une forme de légèreté. Malgré une paperasserie qui n’a cessé de s’exacerber, un souffle a toujours été là qui donnait raison à Christian Bobin, de retour de Conques : « Un crâne est une abbatiale portative. A l’intérieur des poèmes non-écrits sur les puissances du printemps… »[3]

Pour l’avenir, Jacques continuera à nous partager ses compétences dans le cadre de l’animation des Lieux à Vivre, du Fonds de dotation et des veilles au Mas. Pas de quoi s’ennuyer ! Retour à René Char : « Il n’y a que mon semblable, la compagne ou le compagnon qui puisse m’éveiller de ma torpeur, déclencher la poésie, me lancer contre les limites du vieux désert afin que j’en triomphe. »[4]

Allez, merci et fructueuse retraite à vous deux.


Bénévoles. Mi-mars une rencontre des bénévoles de la maison, comme réalisée tous les deux mois.

Plusieurs événements ont été commentés : la mort brutale de Michel (voir plus haut), les arrivées et les départs de salariés. Patrick insiste sur l’implication des résidents dans la marche de la maison et Olivier indique la difficulté à faire valoir la pertinence de notre projet aux yeux de certains institutionnels mis sous pression par les ponctions financières réalisées par l’Etat : Carles a-t-il la vocation de devenir « guichet unique » pour se substituer aux difficultés de Pôle Emploi ou du manque de personnel dans les CMS ? Et pourquoi pas revenir à l’ancien temps et nous substituer au SIAO ?

Une réflexion s’engage sur l’approvisionnement du site internet, remodelé par Jean-Claude qui souhaite mettre en place un « comité de rédaction » réunissant résidents, salariés et bénévoles.

Une autre réflexion a tenté de rassembler quelques-uns des mots clefs de notre vie associative en vue d’établir un slogan. Parmi ces mots : vivre, lieu, terre, solidaire, bio, autrement, avenir, partage, art de vivre.

Le travail se poursuit.

[1]Aragon, Pourtant la vie.

[2]Maurice Bellet,Incipit, DDB, p. 8,23-24.

[3]Christian Bobin, La nuit du cœur, nrf Gallimard, 2018, p. 106.

[4]René Char, La bibliothèque est en feu, (1956).

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