EDITORIAL

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Et nous nous sommes installés dans le confinement. Tous les résidents et une moitié de l’équipe des salariés qui font régulièrement le va et vient pour que la journée reste un temps occupé, actif et de partage solidaire. Ceux qui ont des enfants et ceux qui redoutaient cette crise sont restés chez eux. Les bénévoles ont été priés de ne plus venir : pour eux, car beaucoup ont déjà un certain âge et font partie des « populations à risque » ; pour la maison, car moins il y a de va et vient mieux cela nous protège. C’est notre règle n° 1 (avec les « gestes barrières ») : personne du dedans dehors. C’est la meilleure manière de nous protéger. Et dans ce confinement, nous avons choisi de privilégier la partie productive : parce qu’il y va de notre « survie » financière ; et parce c’est un des lieux où nous pouvons le mieux utiliser nos forces, limiter le temps de l’oisiveté, déployer notre sens de la responsabilité et offrir un objectif à nos désirs de bouger…

Du côté de nos dirigeants, de grandes promesses jalonnent les propos mobilisateurs : protéger et nourrir les plus précaires, maintenir les services essentiels de l’Etat pour les plus démunis [1]. Et plus encore : « Chacun d’entre nous détient une part de la protection des autres… Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. » [2]

Aurons-nous la mémoire et l’audace de faire vraies ces paroles fortes d’un avenir pour celles et ceux qui n’en ont plus guère ?

Ici, nous n’avons pas envie que ces mots ne soient juste que des mots de circonstance, mais la face rayonnante d’une autre solidarité, l’envers d’un décor jusque-là bien sombre pour nos associations, soumises à l’impératif catégorique (ou que nous croyons tel) de l’austérité budgétaire.

Ce temps de crise nous amène à souhaiter autre chose que le simple rappel répétitif à des règlements ou des invitations contraignantes à entrer dans des « cases » décidées ailleurs que sur la base des pratiques de terrain. Plutôt que de tabler sur notre connaissance des personnes pour qui ces directives paraissent parfois peu respectueuses de ce qu’elles sont, quand elles en viennent à parler d’elles en termes de « stocks » plutôt que de « personnes ».

A crise inédite, horizons nouveaux ? Dans ces temps difficiles, il est moins urgent de réclamer des justifications que de remercier et d’espérer en actes.

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Journal La Croix, 18 mars 2020.

[2] Déclaration présidentielle du 12 mars 2020.