EDITORIAL

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Dans beaucoup de domaines, l’Etat voudrait nous apprendre à nous passer de lui. Et, comme par hasard, cela touche évidemment les plus pauvres d’entre nos concitoyens. Un peu partout, nous sommes renvoyés à l’idée de faire appel à d’autres sources de revenus que les subsides de l’Etat. Beaucoup pensent que ces fonds (« cet argent de dingue ») seraient mieux investis auprès des plus riches supposés mieux à même de faire tourner la machine économique (ce qui ne se vérifie pas tout à fait, quand même !). Surtout parce que miser de l’argent sur les plus pauvres semble priver les autres d’un revenu qui aurait pu accroitre encore leur richesse. Ainsi avance le libéralisme : les moins favorisés deviennent les abandonnés de nos systèmes de pensée, économiques et politiques. Tous balayés par quelques adjectifs disqualifiants : inemployables, trop vieux (après cinquante ans), pas suffisamment armés pour faire face à la révolution numérique… « Nous-mêmes, comme des dieux », mais dans une relation inversée : non plus créateur, mais « dé-créant », délégitimant toute une part (et une partie) d’entre nous, considérant les dépenses pour le bien commun des plus pauvres comme une charge inutile ! Mais il ne faut pas s’y tromper : seuls quelques-uns survivront à cette tromperie, tous les autres seront « sacrifiés sur l’autel de l’efficacité marchande des plus riches » (J. Thomas).

C’est à ce genre de situation que nous sommes confrontés, ces jours-ci par la volonté de la DDCS30 (Direction Départementale de la Cohésion Sociale) : puisque vous, « lieux à vivre », ne rentrez pas dans nos critères CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale), Il va vous falloir chercher ailleurs ce financement. Ce qui, pour le mas, augurerait d’une perte du tiers de nos revenus (autour de 400.000 €).

Dans le même temps, pourtant, des signaux d’alerte se manifestent : une pauvreté qui augmente de plus (un demi-point de plus en 2018, pour atteindre 14,7% de la population) ; des inégalités qui se creusent entre les 20% plus riches et les 20% les plus modestes. La théorie du ruissellement ne résisterait donc pas à l’examen de la réalité ? En tout cas, si cela ruisselle, c’est vers le haut, pour l’instant. Alors ? Devons-nous croire que certains sont plus importants que d’autres en ce bas monde… et nous ranger à cette pseudo-évidence ? Allons-nous en revenir au XVIème siècle et à la controverse de Valladolid pour savoir qui a une âme et qui n’en a pas, qui mérite soutien et qui non… sauf à vouloir tenir le rôle des nouveaux barbares égarés par leur rigueur dogmatique : réduire les pauvres à n’être que pauvres, puis les accuser de l’être et se plaindre de ce qu’ils « réclament leur humanité » (comme le disaient les bureaux de bienfaisance du XIXème siècle) ?

Alors quoi ? Bien sûr nous ne sommes pas les seuls à devoir nous organiser face à ce déni. De plus en plus d’appels aux dons apparaissent, de la part de beaucoup d’associations tout à coup privées de soutien financier de l’Etat jusque-là régulier. Où le « legs » représente un des enjeux fort, vital. D’autant que les Fondations (auxquelles nous faisons appel pour accompagner nos investissements) ne soutiennent que rarement l’accompagnement des personnes au quotidien (ce que dans notre jargon nous appelons fonctionnement).

Parce que la menace ne manque pas de sérieux, dès à présent, je vous invite à vous ressouvenir que l’association a créé un Fonds de Dotation, il y a cinq ans, pour accueillir tous dons et legs par lesquels les uns ou les autres souhaiteraient permettre à l’association Mas de Carles un meilleur fonctionnement, une autonomie accrue, une sérénité inventive. Ce « Fonds de Dotation Joseph Persat – Mas de Carles » permet, sans taxation de mettre à disposition du mas de Carles de l’argent frais pour faire face à ses dépenses. Merci d’y réfléchir dès à présent.

Bien sûr nous allons tenter de défendre notre manière d’être et de faire. Déjà une rencontre avec les élus qui nous entourent [1] a permis une première décision : celle de se rendre avec la sénatrice auprès du préfet du Gard pour plaider notre cause et souligner notre place sur le territoire.  Et chacun de vous qui nous accompagnez depuis si longtemps peut prendre la plume et écrire au préfet et à la directrice de la DDCS30.

Merci de toute les formes de soutien que vous nous offrirez. Et beau commencement d’année.

Olivier Pety

Président de l’association Mas de Carles

[1] Mme Pascale Bories, sénatrice du Gard, Mr. Jean-Marc Roubaud (maire de Villeneuve), Mr. Guy David (maire de Pujaut), Mme Gagniard (adjointe à la mairie d’Avignon). Mme Bergeri (élue du Conseil Départemental) s’était excusée pour cette rencontre.