DITS

Selon le HCR, 139.300 migrants sont arrivés en Europe en 2018 (le nombre le plus faible en cinq ans). Mais le risque de mourir pendant la traversée n’a jamais été aussi élevé : 2.275 personnes y ont perdu la vie (dont 777 sur le chemin de l’Espagne).

Journal La Croix, 31 janvier 2019


« Un Etat qu’on ne craint plus ne peut pas gouverner. Un peuple ingouvernable ne saurait être libre…Il ne faut pas s’habituer à ce que la violence l‘emporte. Car elle met la question de la sécurité au premier plan, au détriment de ce qui est essentiel, comme la crise environnementale… La priorité est aujourd’hui à mes yeux de combattre les populismes de droite et de gauche qui prospèrent sur la haine des élites et des étrangers. Ils nourrissent l’antiparlementarisme et jouent sur ce que Spinoza appelait « les passions tristes » : la haine, la colère, l’envie, le mépris. Personne n’a le droit de s’arroger le privilège exorbitant de parler au nom du peuple… Parlons un peu moins de morale et beaucoup plus d’économie, de politique, d’écologie ! L’imaginaire, voilà ce qui nourrit les peurs. Soyons dans le réel : donnons-nous les moyens de le transformer. »

André Comte-Sponville [1]


Comme chaque année, un hommage est rendu aux 566 personnes décédées à la rue pour l’année 2018 par le collectif des « morts de la rue ». Ce chiffre est chaque année plus important. Leur moyenne d’âge était de 48 ans (entre un bébé de 15 jours et un grand-père de 87 ans). Pour 2019, au premier avril, le décompte macabre s’établit déjà à 108 personnes.

Sophie parle de ces morts, dans un reportage proposé par Stéphane Gallet (du Collectif les morts de la rue) : « A Paris, on ne meurt pas de faim. Il ne faut pas dire qu’à Paris on meurt de faim, c’est faux. Il y a tout ce qu’il faut pour manger. »Mais bien qu’on ne meure pas de faim, on meurt tout de même dans la rue : « On meurt d’un tout. C’est le froid, la fatigue, la malnutrition, la maladie. »Sophie finira par sortir de cet engrenage infernal grâce à une rencontre.

Nous avons sans doute là à renforcer encore notre intuition d’accueil au Mas, pour éviter que ces chiffres ne continuent à gonfler. Et nous rappeler que tout peut s’inverser « à partir d’une rencontre », individuelle ou collective.

[1]Interview dans le JDD du 31 mars 2019.

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