Dé-confinement…..

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« Apprivoiser et même aimer l’incertitude », écrit le philosophe Charles Pépin. « Retrouver le sens d’un essentiel qui échappe au prévisible » Cette crise, ce confinement nous a bien permis de constater que certaines situations, jusqu’alors bloquées par des addictions ou des comportements d’enfants gâtés à qui tout était dû, tout cela pouvait s’ajourner (pour partie au moins) : prendre ensemble en main la réalité de la maison est devenu possible. Ensemble. Et non plus la simple charge de quelques-uns. Une dynamique s’est instaurée, qui a permis à certains de prendre soin d’eux-mêmes (apparence et hygiène de vie).  Pour d’autres de s’investir dans une responsabilité plus affinée. Pour quelques-uns d’apprendre à dire « merci » plutôt que d’être dans la revendication agressive. Et deux autres de décider clairement que cette maison (et ses invitations) n’était pas faite pour eux au point de la quitter. A leur manière, chacun a pu faire valoir ses talents, y compris celui de faire le choix de quitter une maison qui ne leur donnait pas ce qu’ils en espéraient (pas plus qu’ils ne le faisaient pour elle).

Mais pour ces quelques-uns, que de paroles neuves échangées, au-delà des humeurs changeantes et des petits délires entre compagnons : je change, j’ai changé, je résiste à cette « m…e », je vais mieux et je ne suis pas bien sûr que cela va résister à la reprise au dé-confinement promis. Et tout cela fut vrai pour partie. Certaines résistances se sont prolongées dans le temps accomplissant leur œuvre de bonification ; d’autres se sont écroulées avec plongée en dépression ; d’autres encore ont cédées durablement (l’alcoolisation de l’après n’a fait que reproduire celui de l’avant) ; pour d’autres encore une brèche s’est à nouveau ouverte avant de se refermer et de reprendre le difficile combat du refus de sa déchéance. Mais avec tous, nous avons pu parler. Avec tous encore (ou presque) nous pouvons parler. Et les quelques figures de meneurs attentifs au bien commun ont continué d’être des appuis sérieux pour tous et pour la maison. Quelque chose s’est joué qui a laissé sa trace, sans que l’on puisse encore dire tout à fait quoi. Peut-être cette acceptation de soi-même comme on est. Peut-être cette capacité de nous engendrer mutuellement différents mais tous respectables, tous dépositaires de la même humanité. Peut-être de nous reconfigurer moins rejetant, même si nos travers n’ont pas pour autant tous disparus. Peut-être, plus viscéralement, la peur du virus nous a-t-elle permis d’incarner, pendant le temps du confinement, un désir de communauté protectrice pour tous et donc pour moi. Peut-être parce que, quelque part, s’est imprimée la trace des risques pris en communs, résidents et salariés, face au virus et de l’efficacité de cette prise de risque : comme si l’expérience d’un compagnonnage accru, des fatigues partagées nous offraient une nouvelle légitimité de terrain… et le droit de la revendiquer.

Bien sûr, rien d’idyllique ! Ne nous trompons pas : « moi, je », » moi d’abord », « ma dose », « ma place »… le monde d’avant n’a pas tardé à affleurer celui d’aujourd’hui. Et certains ont à nouveau préféré la « fraternité hypocrite » qui entraine l’autre dans mon vice et le justifie. Et tant pis pour les fragiles projets difficilement envisagés par ces victimes d’une prédation finalement très courante, ici comme à l’extérieur. Rappel que rien n’est jamais acquis ; que les volontés mauvaises des uns tenteront toujours de désamorcer les volontés de grandir des autres. A nous, encadrants, d’y être attentifs, de promouvoir des « gestes barrières de prévenance » pour les plus fragiles. Notre manière à nous de « dire » ce en quoi nous croyons ; que la vie, la joie, l’amitié, le respect des libertés (même faiblement revendiquées), l’échange de paroles sont les chemins de notre spiritualité concrète, en écho à l’Auteur de toute vie. Ailleurs, « au milieu de ceux qui se gargarisent de leur liberté individuelle pour mieux piétiner et insulter celle des autres » nous sommes sûrs de passer à côté et de la vie (la nôtre et celle des autres) et de son Auteur qui nous invite à l’attention permanente au cœur de nos compagnonnages.

Olivier Pety, 31.05.2020