Dé-confinement jour 7

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Petits propos de dé-confinement…

Les jours d’après ne sont guère plus rassurants que les jours d’avant… Le virus est encore là et certains qui s’étaient crus hors de danger sont bien obligé de resserrer les règles du dé-confinement : Allemagne, Corée du Sud…

Certains poussent à la roue, qui privilégient l’économie plutôt que la santé. Des voix s’élèvent : il faut travailler plus et même beaucoup plus pour effacer les pertes liées au confinement. Les pertes de qui ? Pour permettre à qui de gagner plus ? Est-ce la question première des travailleurs d’éviter aux plus riches de perdre le moins possible ? En même temps chacun peut entendre l’enjeu national qui est en jeu. Mais qui peut accepter que cela se fasse sur le dos de la justice et de l’équité sociale ? Dilemme pour beaucoup.

Ici, à Carles, certains étaient si pressés de sortir qu’ils ont à peine pris le temps d’attendre la distribution des masques. Comme si pouvoir à nouveau sortir permettait de récupérer un statut qui aurait été perdu. Mais lequel ? Nous aurions donc perdu et rien gagné durant cette période sauf notre capacité à consommer ? Comme pour effacer une période que nous avons pourtant su rendre féconde et fraternelle (plus fraternelle qu’elle ne l’avait été).  D’autres ont préféré poursuivre comme au temps du confinement… ne pas sortir garantissant, à leurs yeux, comme une garantie (un sursis ?) de vie retrouvée (grâce à la gestion que nous avions mise en place de leur consommation d’alcool).

Dehors, dès le 11 mai, le SIAO souhaitait nous voir accueillir à nouveau, sans délai… Et pas que ce service de l’Etat, puisque qu’à l’intérieur de l’équipe des salariés du Mas, des voix se faisaient entendre pour réclamer la même chose ! Nous sommes finalement tombés d’accord pour dire que nous ne le ferions qu’après un temps de quarantaine pour tout nouvel entrant, pour éviter toute mauvaise surprise aux résidents et parce qu’il semble bien que les tests ne soient pas encore à l’ordre du jour pour nos hommes de la rue. Aujourd’hui, nous n’avons qu’une caravane de quarantaine : elle est occupée depuis le 11 mai, par notre étourdi de Francky ! Encore une semaine avant d’envisager un autre accueil extérieur. Sera-t-il vrai que, finalement, « l’après va de l’avant », comme dit l’autre ?

Ce virus semble décidemment s’ingénier à semer encore de la confusion dans notre manière de vivre : la médecin-chef du service d’infectiologie de Monaco, sans plus de malice, notait que cette maladie était une maladie collective… mais que sa prévention ne pouvait être qu’individuelle. Sans y penser davantage elle ajoutait à la pensée dominante de notre temps qui nous a fait croire que l’individu ne peut qu’être la seule réponse à tous nos soucis ! Alors que c’est à une conversion collective de nos mentalités que nous sommes appelés. L’appel à l’individu ne fait jamais que renforcer nos solitudes face à tous les pouvoirs qui n’attendent que cela pour imposer leurs logiques à chacun.

Partout autour de nous on entend parler de retour à la normale… ou presque ! Il suffit de considérer les longues queues devant les grandes surfaces, les parcours compliqués à emprunter pour canaliser la précipitation des individus et leurs empressements à assouvir quelques désirs immédiats… et les mises en garde devant trop de « rassemblements » qui manquent aux règles de distanciation, etc.

Est-ce cela ? Ma huppe fasciée ne se montre plus à ma fenêtre. Elle se contente de se manifester à distance en répétant inlassablement son signal monotone.

Soudain, retour à Camus : « La misère m’empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l’histoire ; le soleil m’apprit que l’histoire n’est pas tout. Changer la vie, oui, mais non le monde dont je faisais ma divinité. » (Préface à L’envers et l’endroit). Peut-être pour m’aider à maintenir une direction ?

« La crise du coronavirus agit comme le révélateur d’un changement de mentalité qui s’est ancré progressivement dans la population et se traduit dans la vie politique : on n’accepte plus le décès par maladie. Ne pas guérir est devenu inconcevable. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, mais je constate. Et je m’interroge : malgré la peur, saura-t-on garder la raison et résister aux extrêmes ? Choisirons-nous la vie, plutôt que la sécurité à tout prix ? » (Jean-Paul Stahl, CHU de Grenoble)

Olivier Pety, 17 mai 2020