Confinement : jour quatre

Je profite de ce temps non choisi pour faire un bref point de la situation au mas.

Si pour un seul ce n’est déjà pas simple, que dire pour cinquante personnes confinées ? Une réduction par moitié des effectifs salariés, l’établissement de « laisser passer » en tous genre (salariés encore présents, courses, marchés, tabacs et tout ce que j’oublie) : nous avons pris un peu de temps pour nous retourner avec les salariés (temps et modes de présence), les résidents (acclimatation aux gestes barrières, redistribution élargie des places à table, attention aux plus fragiles d’entre eux –problèmes cardiaques) et l’explication à tous de la mise hors course des bénévoles (dont, comme vous le savez, un bon nombre sont au-dessus des 70 ans fatidiques avec les fragilités liées à ce seuil). Nous avons écarté aussi celles et ceux qui avaient des enfants (les deux éducatrices, Benoît le veilleur et Pierre Alexis qui télé-travaille : un directeur ça ne se repose pas !).

Patrick et Jean sont là le matin pour assurer l’activité et la production, avec Claire pour accélérer la marche de la paperasse, faire lien avec les « extérieurs », offrir son rire et sa compétence pour mieux résoudre les petits et plus grands soucis des uns et des autres.

Maryse est là l’après-midi (accompagnée une journée et demie par Monia) pour entretenir les relations, prendre en charge courses et renouvellement des médicaments, apaiser les plus anxieux. Quant à moi, je fais les nuits (sauf le week-end où l’on pourra compter sur Jennifer, si elle ne succombe pas d’ici-là à l’angoisse générale) : c’est là que je vois que je vieillis (pas si mal, mais quand même) !

Du coup, jusqu’à maintenant, le rythme est assez soutenu. Je pense que cela va peu à peu se poser.

Voilà où nous en sommes, pour l’instant. Ambiance plutôt bonne, quelques tentatives d’échapper aux obligations du confinement… vite réprimées, sachant qu’il n’y aura pas deux chances. La seconde c’est la valise au portail ouest !

Je ne veux pas oublier de remercier pour leur regard attentif Celles et ceux qui nous soutiennent de leurs petits mots et autres tendresses ; 

ceux qui, parmi les confinés d’ailleurs, suivent de près les avancées de cette crise et nous aident à clarifier et à mettre en musique les propositions gouvernementales concernant les salariés : le groupe du « conseil de présidence » fonctionne à merveille ;

ceux qui, parmi les résidents, s’activent et prennent leur part dans l’organisation concrète de la vie quotidienne ici et dans la poursuite de l’activité ;

celles et ceux qui, parmi les salariés, acceptent avec leur efficacité coutumière, de travailler autrement qu’ils ne le faisaient dans le « temps d’avant » : « être au monde serviteur silencieux que nous découvrons en nous-mêmes », écrivait Henry Bauchau. Et ailleurs : « On pense à la voie lente et obscure de l’être ; à la voix avide, ardente, de l’avoir, celle de notre temps pressé comme une orange. Servir la vie opprimée, égarée… aplanir le chemin, le chemin de ce qui sera. » [1]

Voilà, voilà. Pour l’heure, pas de cas COVI19 déclaré. C’est toujours ça de pris. Très peu de choses du côté de l’administration qui se contente de nous inviter à « assurer la continuité du service public pour la partie de population qui nous concerne. » Et retour précipité d’un des nôtres, expulsé avec tous les autres placés dans cette clinique de soins et d’amaigrissement : continuité du service, quand tu nous tiens !

Hier, c’était la saint Joseph : le nôtre devrait pouvoir nous obtenir une traversée pas trop éprouvante de cette crise. Tout en sachant que ce temps n’est pas forcément du temps perdu, s’il nous permet de nous recentrer et de ne pas rêver que demain ne sera que le retour à l’ancien, au temps d’avant le confinement.

Olivier Pety, 20 mars 2020

[1] Henry Bauchau, Tentatives de louange, Actes Sud, 2011.

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