Confinement : Jour 8

Lentement une forme de vie s’installe. Différente. Sur un chemin non tracé, accompagné par la prise de conscience que ce qui se passe dehors n’est pas sans conséquences pour nos propres vies. Alors, devoir trouver des repères intérieurs (à l’intérieur de la maison comme à l’intérieur de nous-mêmes), hors des routines qui nous reliaient à l’extérieur, dans l’entre nous et en nous.

A l’intérieur de la maison, au premier regard, peu de choses changent. Hormis les règles de base de notre commune sécurité (les « gestes barrières et la « distanciation sociale »). Hormis l’inquiétude de savoir ce que vont devenir nos efforts de productions, si trop de portes se referment devant nous. Ce qui n’est déjà pas rien.

A l’intérieur de nous-mêmes cela est moins évident. Les sorties permettaient d’équilibrer la vie de la maison, en limitant les heurts pour la vie collective. Aujourd’hui, comment « abandonner là notre visage refroidi à l’endroit où tout n’était que lieu de mêmes forces épousées » ? (Jean-Pierre Geay, Le pas risqué). Malgré tout nous risquer et risquer nos pas au cœur d’une incertitude encombrée de proximités pas toujours désirées, parfois lourdes à accueillir, parce qu’invités, jusqu’ici, à nourrir nos lieux (nos maisons et nos âmes) de la certitude de nos autosuffisances personnelles. Rien de simple. Beaucoup à déconstruire. Renoncer à nos exigences individualistes. Réapprendre la vie en solidarité apaisée. L’autre n’est pas un ennemi encombrant, mais une présence pour nourrir nos vies et nous en partager le rire. Pour que la « distanciation sociale » renvoie dès aujourd’hui nos solitudes existentielles aux solidarités réelles. Forcément, une période difficile pour les petits marquis et les baronnies de nos existences.

A l’extérieur, les nouvelles ne sont ni aussi bonnes ni aussi apaisantes que nous le souhaiterions. Et tout semble marqué au coin d’une improvisation qui pourrait se révéler ravageuse. Ce à quoi nous n’échappons pas nous-mêmes. Quelques tentatives encore de sorties subreptices. Et enguelades à la suite : encore difficile pour certains de comprendre que nous sommes tous dépendants les uns des autres : toujours cette résurgence de nos individualismes. Et le constat que l’homme, quel qu’il soit, n’est finalement pas le sédentaire qu’il croit être. En nous ce vieux fond nomade ne cesse de faire pression sur notre quotidien.

Heureusement il y a Joël et Bernard et Gervais (pour les repas) et Pierre et Dominique (pour le café). Tous attentifs à ce que nous mangeons ; à ce que ce soit bon et prêt à l’heure. Manger ensemble (dans le respect des règles de sécurité) reste le moment fort de notre communauté confinée. Avec l’activité, manger est lieu de parole et de connivence entre nous tous. Convivence, disent les savants : vivre ensemble. Partager ensemble le même confinement, la même confiance, le même risque et la même incertitude. Et nous redire qu’il s’agit de la survie des plus vulnérables. Cette terre que nous avions cru si bien connaître, nous devient tout à coup, pour une part, inconnue. Cette terre dont la gestion nous semblait si ignorante de l’autre, la voilà tout à coup (à travers ses habitants plus qu’à travers ses institutions), rassembleuse de celles et de ceux « qui tout à coup défendent la vie, les plus fragiles, les moins productifs, les « encombrants » si lourds pour le système-roi », comme l’exprime une religieuse de Milan dans un petit texte intitulé Speranza). Dans toutes les situations on trouve toujours quelqu’un qui porte la lumière pour les autres. Et nous sommes, ces jours-ci, convoqués pour être de ceux-là. Souhaitons-nous juste encore un peu de courage et d’endurance… avec le soutien répété de vous tous, à l’extérieur mais tout aussi confinés que nous.

OP – 24.03.2020

Mas de Carles

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