Confinement : jour 56 !

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Enfin ! Enfin quoi ? Dernier jour ! Dernier jour ? Déjà, ailleurs, là où le ciel du virus et de la peur semblait un peu plus dégagé, on annonce un nouveau foyer de contamination. Annonce inopinée, dans des espaces classés « vert ». Peut-être pour nous rappeler que « vert » ou « rouge » ne signifient rien pour nous. Ces deux couleurs ne sont pas destinées à nous mettre à l’abri. Elles sont simplement administratives : juste là pour dire l’encombrement des hôpitaux, les places disponibles. C’est la capacité d’accueil qui est au cœur des calculs gouvernementaux, dans les lieux de soins comme ils sont. Pour nous, juste nous rappeler que le virus est toujours là, aussi agressif qu’avant, simplement ralenti par le confinement ! Colorier une carte n’a rien à voir avec un geste barrière. Elle risque même de produire l’effet inverse, si nous n’y prenons garde !

Les masques arrivent… On les avait déclarés inutiles pour tous (sauf pour les soignants) ; puis nécessaires lors de nos transactions marchandes ; obligatoires dans les transports en commun, pour les sorties à l’extérieur, les écoles ; enfin, certaines municipalités en font une diffusion généralisée parmi leur population (contre l’avis de certains juges et autres préfets). Toutes tergiversations justifiées par le recours à l’expert, « qui dit oui, qui dit non… » (Brel), à qui l’on fait dire ce que l’on croit supportable par le plus grand nombre et qui reste accessible à nos moyens actuels.

Alors, les masques ? Peut-être un moyen de faire ressurgir ce que nous nous sommes masqués depuis si longtemps dans la marche en avant de notre société et dans les modes de relations qui ont jusqu’à maintenant aiguillés nos vies. Peut-être pour découvrir que ce qui manque le plus aujourd’hui à notre vision de l’avenir c’est le visage de l’autre (caché derrière son masque sociétal, politique ou autre) : pour nourrir notre conviction que nous nous sortirons d’autant mieux de ce « moment » que nous serons capables de remettre « l’homme au centre, une fois pour toute » (Lorenzo Tosa et Angeline Bruguier, sa traductrice du moment). Un « kairos », comme disaient les Grecs, ce moment opportun pour ressaisir le sens profond des choses, l’opportunité d’un basculement décisif qui amène à comprendre et à agir autrement « vers ce qu’il y a de mieux » (Hésiode).

Ce temps a été un temps propice aux oiseaux (quand les chats sont trop nourris pour penser à eux). Hier, frappant à la fenêtre, une huppe fasciée, l’oiseau dont le Coran fait le porteur d’une bonne nouvelle au roi Salomon, bel oiseau au chant triste et peu renouvelé. Mais en voyant les contorsions du cou auxquelles elle se livre pour y arriver, on comprend mieux. Rarement vue jusqu’alors. Nous contemplions plutôt tourterelles, pies, pigeons, mésanges et autres moineaux, les rondouillards bouviers au poitrail orangé, les fauvettes que l’on entend plus qu’on ne les voit, tout comme la hulotte. Sans compter notre couple de faisans, à l’aise et capables de se reproduire (comme ce fut cas l’an dernier) [1]. Vous avez raison : peu à voir avec le « kairos », mais avec la vie, si, et donc d’une certaine manière… Car c’est la question qui revient ici régulièrement : le dé-confinement ne va pas changer grand-chose pour nous, se dit-il ! C’est trop dangereux dehors. Et ceux qui vont revenir au Mas, comment on saura qu’ils ne sont pas contagieux ? Comment on va se protéger mutuellement pendant encore un temps certain ? Et comment on ne va pas finir paranoïaque, entre gestes barrières à maintenir, masques pour nos sorties ou pour les entrants dont on ne saura pas grand-chose ? En tout cas, jusqu’à nouvel ordre, on gardera les portails extérieurs fermés. Une manière de nous rassurer et de faire front.

Et pendant ce temps, le ventre d’une nièce prépare secrètement le nid d’une naissance dont on ne connaît pas encore le visage… mais dont l’attente est le nom propre de l’avenir. Heureuse nouvelle dans cette confusion !

« Nous ne sommes pas à proprement parler dans une guerre contre un ennemi violent, barbare, visible, déclaré. Nous avons à nous défendre contre les effets invisibles (virus) ou plus ou moins éloignés (le désastre écologique) ou sournois (les manipulations financières ou numériques) de crises économique, écologique, financière, sociale et, aujourd’hui, sanitaire entremêlées, que nos propres dirigeants dans leur obsession du profit financier ont engendrées. Mais dans l’une et l’autre circonstance, nous avons à apprendre des années de Résistance comment l’état le plus sombre s’est transformé en un élan extraordinaire qui nous a conduits à la Libération. » (Claude Alphandéry, résistant et initiateur de l’économie sociale et solidaire).

Olivier Pety, 11 mai 2020

[1] Ohé, Christiane, c’était pour toi !