Confinement : jour 44

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Un peu d’histoire pour commencer ? Rapportée par Philippe Geluck dans La Croix. Celle de « Triboulet, le bouffon de Louis XII puis de François 1er. Il était génial, le roi l’adorait mais avait fixé une limite à ne pas franchir : n’évoquer ni la reine ni ses maîtresses. Triboulet déroge un jour à cette règle. Le roi le condamne à mort. Mais comme il l’aimait beaucoup, il lui offre la possibilité de choisir la façon dont il voudrait mourir. Et Triboulet répond : Sire, je voudrais mourir de vieillesse. Et l’autre rit tellement qu’il commue sa mort en bannissement. » Comme nous, peut-être, invités à rire de nos audacieuses crédulités de toute-puissance et à bannir de nos vies ces « obligations impératives » qui ne nous ont conduit qu’à devoir déjouer (dans le meilleur des cas) la mort du Covid ?

On parle comme d’évidence de « distanciation sociale », pour signifier les « gestes barrières ». Pourtant quelques voix s’élèvent pour dire qu’il ne s’agit pas de cela, mais plutôt d’une distanciation physique. Ce qui a plus à voir avec la réalité… La « distanciation sociale » est déjà à l’œuvre en termes d’inégalités dans notre société ! Mais il s’agit bien de se protéger et de protéger les autres en mettant une distance physique entre nous. C’est déjà bien assez lourd à porter sans y ajouter le mépris d’une fausse dénomination qui fait apparaître comme naturelle une inégalité qui ne l’est pas forcément. Comme disait A. Camus : « Mal nommer un objet c’est ajouter au malheur du monde » et des gens !

Quelles règles se donner pour le temps du dé-confinement ? Beaucoup de questions. P.e. il est déjà difficile de proposer la place nécessaire à tous pour les repas en respectant les fameux « gestes barrières ». Encore plus de nous organiser autour du port de masques toujours manquants. Il semble que nous devons avancer par étapes. D’abord nous préparer une place pour prendre nos repas sous le préau… et il n’y aura rien de trop en terme d’espace pour respecter la distanciation physique. Ensuite accueillir tout ou partie des salariés qui étaient jusque-là confinés chez eux. Ensuite penser à intégrer le chantier d’insertion (sans doute une semaine plus tard), en délimitant bien les espaces réservés aux uns (les résidents sous le préau) et aux autres (le chantier dans la salle à manger) pour ne pas baisser la garde face au virus (« gestes barrières » et espace pour exercer leurs activités). Le mot d’ordre reste le même : qu’ils vivent ! Avec pour chaque reprise une matinée de partage sur ce qu’a apporté ce temps totalement inédit du confinement et ce qu’il nous invite à dessiner. Il nous semble que nous n’avons pour l’heure pas les moyens d’envisager le retour des bénévoles dans la maison avant un certain temps, le temps de mieux nous poser, de trouver une place pour chacun en terme de repas et de responsabilités, par exemple (responsabilités que vous avez assumées hors du Mas pendant ces deux mois, la pandémie ayant rebattu les cartes). Un peu de temps encore… Patience. Nul ne sera oublié ni dans sa parole ni dans sa présence.

« Trop d’impératifs nous ont déjà fait refouler l’essentiel. Trop de préoccupations secondaire nous ont fait omettre le principal. » (Sarah Abouessalam-Morin). Et qu’est-ce donc que cet essentiel ? Une rencontre avec les salariés, une autre avec les résidents nous font peu à peu trouver les mots de notre réalité : proximité (mais pas trop), confiance réciproque pour mieux partager tâches et responsabilités… et bien d’autres choses encore à (re)découvrir. Tout cela (et plus encore) résistera-t-il au confinement ? Encore du boulot en perspective.

« Peut-être une métamorphose. Peut-être, rêvons, un nouveau monde. Alors rien n’aura été perdu, gâché. Nous ne pensions pas au futur. Il devient possible. Nous nous prenions pour des machines. Nous ne sommes que biologie, petite chose. Nous sommes collés au plancher. Nous nous croyions invincibles. Nous devons nous cacher pour espérer survivre. Nous nous estimions indispensables. Nous ne servons à rien. Nous prenions toute la place. Nous devons disparaître. Nous pensions tout maîtriser. Nous ne comprenons plus rien. Nos dénis nous structuraient. Ils s’exposent un à un. A tout maîtriser, nous pensions éviter la mort. Nous passions à côté de nos vies… Ce Covid n’est pas une guerre mais un appel à être. A se dégager de tout ce qui encombre, des fausses protections… » (Flore Vasseur).

Olivier Pety, le 29 avril 2020